Ce style finalement assez récent et plutôt révolutionnaire, Tony Scott l’a affirmé et c’est devenu sa marque. A l’opposé de la mise en scène épileptique sans raison apparente d’un Michael Bay dans
The Island, Tony Scott s’est inventé un langage cinématographique : ce montage hystérique et décomplexé au mépris du bon goût et de ce qui se fait habituellement, transcende et sublime tout ce qu’il aborde, faisant ressortir une sorte d’univers incandescent et furieux rarement vu en nos temps lisses voués aux effets spéciaux et à la haute définition très proprette.
L’image que renvoie Scott est rugueuse, furieuse, aux antipodes de cela. Elle est « sale », vulgaire, contraire aux usages de la cinéphilie convenue. Comme Scorsese en ses premiers temps. Il faudra peut-être un peu de temps pour que les regards académiques s’accommodent de cette fureur qui rappelle la frénésie de certains très bons jeux vidéo.
Car le cinéma actuel de Scott est en phase avec son temps, en évolution et en expérimentation constante, dans la prise de risque, le contraire d’une machine à oscars bien fédératrice.
Se marginalisant ainsi par cet anticonformisme de forme et de fond, il aura du mal à être bien accueilli, accepté. On continuera de crier à l’esbroufe, parce que c’est ce qui se fait, c’est le jugement à peu près commun sur ce cinéaste. Mais le temps passera et il sera l’un de ces réalisateurs qui seront reconnus sans doute dans dix ans, parce qu’ils auront fait tomber les barrières entre l’art expérimental et l’art qui divertit le public. Comme Stanley Kubrick en son temps, qualifié d’ultra-violent pour
Orange mécanique. Il est toujours bon de rappeler qu’à sa mort, il n’avait reçu qu’un oscar pour les effets spéciaux de
2001, Odyssée de l’espace. Ça laisse songeur.
Alors oui, Tony Scott est excessif (c’est l’endroit pour le dire). Mais c’est cela qui le différencie de tous, c’est ce qui fait sa patte, c’est ce qui fait que l’on revoit chacun de ses films avec la même impatience. Parce que cette intensité ne court pas les rues. Et elle n’est pas loin d’être unique. Elle est en tout cas indéniablement courageuse dans un univers qui n’aime pas beaucoup les risques.