Woody Allen est considéré à juste titre et à son corps défendant, par excès de modestie, comme un maitre du cinéma. Récompensé partout, à Venise, à Cannes, aux Oscars, même s’il est contre le fait de concourir à quoi que ce soit et choisit de préférence être présenté hors compétition. Il est un auteur avec un univers qui lui est propre, extrêmement identifiable et intime. On a pu lui coller pas mal d’étiquettes, toutes très réductrices, voire carrément erronées lorsqu’on le qualifie d’intellectuel. Il fait certes un cinéma intelligent, bien conçu, raffiné, spirituel, mais dénué de ce pédantisme ou de cette dimension péjorative ou hermétique qu’on associe souvent à ce terme. Beaucoup de gens disent détester Woody Allen, sur ce seul critère, sans rien connaître de son œuvre tendre, riche, polymorphe et attachante, au large éventail, allant de la comédie à gags pure au drame psychologique le plus complexe.

Ici on va en explorer quelques facettes, rendre hommage à la richesse prolifique de son talent exceptionnel. Même s'il déçoit parfois, même s'il livre de moins bons millésimes, il peut se régénérer par le miracle d'une rencontre (avec une actrice : Diane Keaton, Mia Farrow, Scarlett Johansson), à la faveur d'un lieu (Londres, Barcelone) ou grâce à une influence (Chaplin, Fellini et surtout Bergman). Woody Allen revient de toutes ses forces à chaque décennie, avec toute son inventivité et sa verve, jusqu'à se renouveler totalement aussi, à un âge où ses codes devenaient des automatismes. Après avoir délaissé un temps New York pour filmer en Angleterre et en Espagne, le cinéaste y revient avec l'excellent
Whatever Works (sortie le 1er Juillet).
L’évoquer quand on l’aime, c’est aussi parler peu ou prou d’un de ces compagnons qui accompagnent votre vie, qui vous font sourire aux heures sombres et dont l’œuvre fait partie intégrante de votre univers. C’est parler d’un cinéaste qui compte peut-être plus que d’autres, parce que chaque année, on attend avec plaisir de le retrouver, comme un vieil ami. Souvent on lui pardonne d’avoir fait un moins bon film et on applaudit plus fort quand il en sort un très bon. L’un de ces artistes qui vous font tendre l’oreille quand vous entendez son nom à la télé ou à la radio, parce qu’il y a cette étrange connivence, installée de films en films, qui peu à peu l’a fait entrer dans votre vie.
Alors, dans ce survol de son œuvre forcément subjectif, tous ses films ne seront pas évoqués mais ceux qui semblent plus importants. Ceux qui montrent New-York et l’Amérique qu’on aime, avec ce petit sourire précieux qui vous reste à la fin de beaucoup de ces films et qui vous a rendu plus léger.