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Pourquoi L'espagne ? [page 3]

Par Rafik Djoumi - publié le 28 février 2008 à 05h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 13h17 - 0 commentaire(s)
Demogràfico
Autre différence notable dans l'histoire (et donc la culture) récente de la France et de l'Espagne : l'urbanisme. Si le paysan français était déjà une espèce en voie d'extinction dans les années 50, le paysan espagnol lui a survécu beaucoup plus tard. C'est seulement dans le dernier quart du XXème siècle que ces populations des campagnes ont commencé à se concentrer dans les grandes agglomérations. Du coup, la fascination pour la modernité et l'urbanisme est encore marquée chez les espagnols, là où le français moyen, élevé au milieu du béton, ne voit l'exotisme que dans les évocations campagnardes ou les villes du XIXème-début XXème. Les derniers grands succès populaires du Cinéma français aiment à se perdre dans les images d'Epinal d'un passé supposé, voire réinventé (Les Choristes, Amelie Poulain, Un Long Dimanche de fiançailles, 8 femmes ou même Les Visiteurs) ou simplement des évocations culturelles d'un passé déjà lointain (Podium, Les Bronzés 3 etc.). Lorsque les espagnols abordent leur passé (Belle époque, L'Echine du diable, Le Labyrinthe de Pan), c'est pour en déterrer les erreurs et les horreurs cachées, rarement par nostalgie.


Mais l'urbanisme n'est pas seul en cause, l'autre gouffre qui nous sépare de nos voisins est aussi celui du vieillissement. Un voyage en bus à Paris offre un contraste stupéfiant avec un voyage en bus à Barcelone. Pourtant, en apparence, l'écart entre la France et l'Espagne semble relativement restreint : la moyenne d'âge en Espagne est de 34 ans, elle est de 40 ans en France. Mais les chiffres français sont boostés d'une part par les Dom-Tom et d'autre part par les 8% d'immigrés qui se chargent du renouveau démographique (au passage, avez-vous remarqué, sur la dernière décennie, que la définition du mot "Jeune" était passée de "personne de moins de 20 ans" à "adolescent de banlieue issu de l'immigration" ?). Mais si l'on s'en tient à la stricte nationalité française en Métropole, alors le poids des seniors éclate (les 2/3 de l'électorat se situerait au-delà des 50 ans). Comment peut-on imaginer, dès lors, que le cinéma d'horreur puisse fédérer chez nous l'essentiel du public ? Dans un pays de vieux, les films qui séduisent joueront forcément la carte de la nostalgie et de l'apaisement. Dans un pays plus jeune, les notions de violence, de vie et de mort seront appréhendées avec bien plus d'agressivité, et les thèmes propres au film d'horreur y seront vécus comme des évidences. Ceci participe également de la prise au sérieux du cinéma fantastique et horrifique en Espagne. S'il fallait un exemple parmi des dizaines d'autres, le voici : L'Orphelinat a reçu 14 nominations aux Goya Awards dont 7 victoires. Non mais essayez d'imaginer, ne serait-ce que deux secondes, qu'un film comme Haute Tension soit nominé 14 fois aux Césars !!!


Mais toutes ces considérations socio-politico-démographiques ne sont-elles pas tirées par les cheveux ? Peut-être que les français aiment autant le ciné dit "de genre" mais qu'ils n'ont pas encore trouvé le film à propulser au sommet. Et si le carton espagnol de L'Orphelinat n'était finalement qu'un étrange accident ? Ha au fait, le deuxième plus gros succès du cinéma espagnol en 2007 s'appelle Rec... et c'est un film d'horreur...
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