Par Cédric Muffat - publié le 05 novembre 2007 à 01h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h25 - 0 commentaire(s)
A l'heure où tout le monde se penche sur le berceau du petit dernier de la saga du plus célèbre des cannibales à avoir aiguisé ses quenottes sur un écran de cinéma, le timing ne saurait être plus judicieux pour revenir sur le cas du rejeton un peu mal aimé de la famille, celui dont on apprécie les qualités mais dont on se demande s'il n'est pas le fils d'un facteur de passage. Nous voulons bien sûr parler du Hannibal de Ridley Scott.

Force est de constater que le troisième film de la franchise -il ne faut pas oublier Sixième Sens, de Michael Mann, sorti en 1986- a été copieusement éreinté par une bonne partie de la critique et du public qui voient en Hannibal un délire mégalo de Ridley Scott, boursouflé et grand-guignolesque au possible, limite nanardesque, indigne en tout cas du niveau d'excellence atteint par Le Silence des agneaux, réalisé par Jonathan Demme en 1991. Une assertion que nous nous devons de contester. Car oui; qu'on se le dise, Hannibal est un grand film. Si si.

Pourquoi? On vous l'explique… le temps de compter jusqu'à 10.


1. Pour Sir Anthony Hopkins
Autant se débarrasser tout de suite des points les plus évidents. Et s'il est bien un élément du film pour mettre tout le monde d'accord, c'est la prestation d'Anthony Hopkins dans le rôle-titre. Avec tout le respect que l'on doit à Brian Cox, interprète du personnage dans le film de Michael Mann, il n'y a rien à faire: Anthony Hopkins est Hannibal. Un regard de prédateur, capable d'exprimer la folie et l'intelligence dans le même temps, un physique débonnaire rendant les apparitions du psychopathe encore plus dérangeantes, une voix feutrée, parfaitement placée, utilisée pour exprimer les formules de politesse les plus désuètes et les punchlines les plus sadiques avec le même ton suave… Un bonheur de tous les instants et un minimum syndical, dans la mesure où le personnage est la principale attraction du film. Sur ce point, contrat rempli.

2. Pour Julianne Moore
Grande était la peur de voir le projet dénaturé par le désistement de Jodie Foster, rebutée par un script -et un livre- malmenant un peu trop à son goût le personnage de Clarice Starling, qui l'avait propulsée au rang de star. Mais si, à l'arrivée, le film ne fit pas l'unanimité; ce n'est en tout cas pas à cause de l'interprétation de Julianne Moore. Non contente d'être parfaite, comme à son habitude, la comédienne parvient à nous faire oublier en quelques plans la bouille enfantine de Jodie Foster et à nous "vendre" le passage dans la cour des grands de l'agent Starling, jeune recrue fraîche émoulue de l'académie dans Le silence des agneaux et vétéran aguerrie dans Hannibal (elle nous est présentée comme le membre du FBI portant jupons ayant abattu le plus de personnes!).
Risquons-nous à une conjecture: le personnage de Clarice dans Hannibal est peut-être un de ces rares exemples de changement d'acteur ou d'actrice emblématique ayant plutôt servi que desservi la suite d'un film à succès. L'âge de Julianne Moore, son physique plus "mature", sa prestance, tout cela renvoie dans les choux le souvenir de la petite campagnarde mal fagotée tant décriée par Lecter dans le film précédent, nous rendant d'autant plus crédible l'affection troublante que porte ce dernier au chasseur qui le traque. Et on le comprend.


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