1. >
  2. >
  3. >
  4. >Predrag Miki Manojlovic, L'illustre Meconnu [page 1]

Predrag Miki Manojlovic, L'illustre Meconnu [page 1]

Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 16 décembre 2008 à 09h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 20h30 - 0 commentaire(s)
« Miki, c’est un formidable acteur. J’ai d’ailleurs une anecdote sur lui. Quand il est venu au bureau de préparation, nous étions tous en train de travailler au casting et j’avais pensé à Miki. Je lui avais parlé, on avait discuté du scénario. Il était intéressé. Mais il est très souvent en voyage à droite, à gauche et l’on n’était pas encore parvenu à se rencontrer. Puis, je lui dis "Viens au bureau, on prend un café, on va en discuter et on fera éventuellement des essayages." Il arrive donc au bureau et il sortait du tournage d’un film où il interprétait Dostoïevski. Et lorsqu’il est arrivé, on aurait dit un mec qui faisait la manche. Il avait les cheveux longs, hirsutes, les lacets défaits, en guenilles. Et l’équipe lorsqu’elle l’a vu arriver a été plus que surprise car Miki n’est pas un acteur très connu du grand public. J’ai appris que lorsque nous sommes sortis pour prendre un café après son arrivée, l’équipe s’était demandée si c’était vraiment lui qui allait incarner Nerio Winch, le milliardaire ! Ils étaient terrifiés et pensaient que j’étais devenu fou. Une fois revenus, le coiffeur et la costumière nous attendaient. iI est allé se faire couper les cheveux, il s’est changé, a enfilé un costume. Et lorsqu’il est ressorti, c’était lui ! Mais plus que cela, au-delà de la coupe et des vêtements, chez un acteur comme lui qui est un grand comédien de théâtre, c’est la maîtrise du corps qui importe. Ainsi, d’emblée, a-t-il exprimé dans sa manière de se tenir, de s’assoir, de bouger, tout ce que l’on attendait du personnage de Nerio Winch. Chez Kusturica par exemple, il n’est pas du tout comme cela et cette maîtrise de son corps, de sa posture, cela me bluffe à chaque fois. C’est très spectaculaire. C’est un acteur prodigieux.
Il y avait deux choses que j’aimais beaucoup chez lui. La première, il n’a aucun mérite là-dessus, il était Serbe et il me fallait un acteur qui le soit. D’autant plus qu’il y a peu d’acteurs serbes que je connais et qui soient suffisamment charismatiques. Et comme c’est un très grand dans son pays, il était incontournable. Mais la seconde chose qui m’importait tout autant par rapport au rôle de Nerio, c’est sa capacité à rendre et à dépasser l’extrême dureté du personnage, son incapacité à dire son amour à Largo, cet enfant adopté. Et comme Miki est un homme profondément humain – cela déborde chez lui – tout en restant très enfant, je l’ai poussé à jouer dur. Ainsi, malgré la dureté de Nerio, il y a toujours quelque chose chez lui qui passe et qui est très touchant. Il a un regard dense. Il apporte une émotion que je trouve formidable, notamment lors du premier échange de regards à l’orphelinat. »


Jérôme Salle

Il est un des acteurs européens dont le visage est immédiatement familier. Et pourtant, rares sont ceux qui peuvent mettre un nom sur ce dernier. En effet, Predrag « Miki » Manojlovic s’est imposé comme un comédien incontournable sur les écrans, sans pourtant gagner cette facile notoriété qui atteint quiconque s’illustre. Cependant et là est l’essentiel, Miki a le respect et plus encore la reconnaissance des professionnels, ses pairs. La seule qui compte vraiment. A la suite de sa prestation dans Largo Winch – le film, l’occasion est donc opportune de revenir sur une carrière intense et extraordinairement prolifique.



De la Yougoslavie à l’Europe : l’épopée d’un formidable acteur

Né le 5 Avril 1950 à Belgrade, Predrag Manojlovic (Предраг Манојловић) affectueusement surnommé Miki, pense très vite à la comédie, fils qu’il est de l’actrice Zorka Manojlovic. Diplômé de l’Ecole d’Arts Dramatiques de Belgrade qu’il a intégré en 1968, notre homme commence sa carrière sur les planches des théâtres nationaux en incarnant les grands rôles du répertoire classique (Hamlet, Mac Beth, Caligula…). En 1972, une fois ses études terminées, sa progression l’installe bien vite dans la Yougoslavie titiste comme un acteur de théâtre aussi talentueux que prometteur. Il s’inscrit ainsi parfaitement dans la lignée parentale avant de gagner la télévision plus régulièrement après s’être fait remarquer en 1974 dans Otpisani d’Aleksandar Djordjevic.



De fait, après avoir conquis sa patrie d’adoption, l’homme ne s’arrête pas là et profite à plein des passerelles qu’offrent aux hommes d’exception, les politiques artistiques de l’Union soviétique. Ainsi, après une première incursion en 1980 sous la houlette de Rajko Grlic dans On n’aime qu’une fois, sa réputation enfle avec ses rôles dans Mi-figue mi raisin en 1981 et quatre ans plus tard, dans Les fraises sont restées à travers la gorge, deux films signés par Srdan Karanovic. Devenu immanquable au cœur des années 1980 sur les planches et à la télévision, Predrag Manojlovic s’installe dans les esprits. Le cinéma pourtant ne cherche pas encore à l’accaparer mais bien vite, va le reconnaître. Ainsi, en 1981, le Festival de Valence le récompense avec le premier prix d’interprétation masculine avant que la Biennale ne le fasse découvrir à l’Europe occidentale en 1985. Mais le véritable temps fort de son début de carrière, il le doit à Emir Kusturica et à Papa est en voyages d'affaires, Palme d’Or à Cannes la même année. L’acteur y gagne alors son premier grand rôle à l’écran en jouant Mesa, ce père de famille déporté, tout en s’offrant une exposition internationale aussi inespérée que méritée.


Vos réactions


logAudience