Par - publié le 18 mars 2009 à 15h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 16h19 - 0 commentaire(s)
Dans les années 70, des adolescents libres comme l’air sillonnent gentiment les routes en pleine campagne pour un week-end de quiétude dans les bois. Ils ont visiblement oublié que dans les bois se cachent aussi des monstres. Pour le fan de trip horrifique, ça tombe plutôt bien: les monstres ont des mines patibulaires, manient la gâchette comme des dieux et n’ont pas besoin de justifier leurs actes: ils ont juste envie de se faire une petite chasse à l’homme entre potes et de se payer de la chair fraîche fêtarde. C’est tout. En s’appuyant sur l’argument le plus con de l’histoire du cinéma de genre, le jeune, très jeune Patrick Syversen (seulement 25 ans), biberonné à Massacre à la tronçonneuse, orchestre avec sa caméra scalpel un survival sang-pour-sang gore et rudement efficace qui dynamite les us et coutumes d’un cinéma Norvégien que l’on ne savait pas aussi hargneux. Le titre de cette boucherie? Manhunt. Sur ses terres, il a reçu un engouement rare pour un film d’horreur. Là-bas, c’est l’équivalent de Haute Tension, d’Alexandre Aja chez nous, avec la même promesse du développement d’œuvres plus radicales. En attendant sa sortie dans nos salles ou directement en DVD, retour sur l’un des films les plus remarqués lors de la dernière édition du NIFFF.



Rarement un titre de film aura aussi bien résumé son contenu: Manhunt («chasse à l’homme» en anglais) montre de pauvres adolescents en butte à d’affreux chasseurs qui, pour s’en sortir, doivent se montrer plus méchants et rusés que ceux qui les traquent. Classique jeu du chat et de la souris en pleine nature… Prétextant le fameux «based on a true story», ce premier long métrage contient suffisamment de séquences gores pour faire parler de lui et ressemble comme deux gouttes d’eau à un avatar post-Chainsaw Massacre. Comme souvent, on sait comment ça va se terminer avant d’entrer dans la salle; mais, son caractère exotique (il vient de Norvège et les films d’horreur Norvégiens ne courent pas les rues!) et l’amour sincère du cinéaste pour les débordements gores maintiennent l’illusion qu’il se passe quelque chose de différent ici. Armé d’un budget dérisoire, Patrick Syversen compense le manque de moyens par la surenchère crapoteuse et appuie une détermination à paraître réaliste. A l’écran, on a surtout l’impression d’un immense défouloir pour celui qui a commencé dans un premier temps en suivant les cours de la Film & TV-Akademiet avant de réaliser trois courts-métrages horrifiques en guise de passeports pour un long qui lui ont permis de travailler la forme et d’expérimenter différentes techniques pour suggérer l’angoisse, notamment au niveau du hors champ. A la découverte de Manhunt, on se surprend à comparer Patrick Syversen à Greg McLean en son temps. A l’époque de Wolf Creek, l’auteur australien usait de toutes les ficelles éculées du survival (une bonne heure où il entretenait une angoisse sourde avant de tout faire exploser dans la dernière demi-heure) pour les digérer et proposer un divertissement sans surprise mais efficient. C’est exactement la même démarche ici.



Les références de Syversen s’étendent du bis transalpin des années 70 et 80 au fantastique made in John Carpenter en passant par l’imposant Massacre à la tronçonneuse, de Tobe Hooper, qu’il a découvert jeune et qui l’a traumatisé. Manhunt fait office de mélange de ces mouvances avec une prédilection pour les victimes torturées, seules dans la nature avec leurs peurs qui flanquent la frousse et leurs blessures qui font mal partout. Mais il ressemble surtout à un sacerdoce pour le réalisateur norvégien qui essaye d’exorciser des visions traumatisantes, voire de provoquer les mêmes sensations purement viscérales qu’il a éprouvées en découvrant le classique de Hooper. Pour cela, il a compris qu’il fallait se contenter d’une intrigue simple avec des personnages très manichéens, sans chercher à apporter un soupçon d’ambiguïté. Le psychologisme, très peu pour lui. En revanche, l’évolution des victimes face à la déflagration d’une violence gratuite reste crédible. Ce n’est pas un hasard si l’action se déroule dans les années 70 (l’été 1974 précisément). Les personnages principaux ressemblent à des babas post-Woodstock. Comme par hasard, ils sont jeunes et insouciants. Comme par hasard, ils s’arrêtent dans une station essence (en même temps, ils ont besoin d’essence pour alimenter leur caravane, les pauvres!). Comme par hasard, ils prennent avec eux une auto-stoppeuse pas très saine du ciboulot. Comme par hasard, ils sont doublés au cours de leurs pérégrinations par des mecs du genre menaçants. Et comme par hasard, ils vont se faire avoir.


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