Comme chaque année depuis 1993, l'Etrange Festival nous a gâtés avec une programmation riche en découvertes (ou redécouvertes) hétéroclites, en œuvres singulières, parfois dérangeantes, souvent passionnantes, échappant toujours aux standards et à la monotonie du paysage cinématographique actuel. Cette année, un hommage était accordé au réalisateur japonais Sono Sion, auteur du très remarqué
Suicide Club que nous avions pu découvrir à Deauville Asie il y a quelques années. Le réalisateur fait à présent son retour en force en sortant coup sur coup quatre films dont trois ont eu, à l'instar de
Suicide Club, l'honneur de projections à l'Etrange :
Comme dans un rêve,
Requiem Pour Noriko et
Strange Circus. Trois œuvres étonnantes venues enrichir l'univers d'un auteur décidément incontrôlable. Il ne manquait plus que
Hazard pour que le panorama soit complet. Celui qui nous intéresse aujourd'hui,
Strange Circus, vient aussi de remporter à Montréal le Prix du Meilleur Film et le Prix de la Meilleur Actrice au Festival Fantasia 2006…
Avec
Suicide Club, Sono Sion marquait déjà les esprits en dressant un tableau peu reluisant du Japon d'aujourd'hui à travers une enquête policière teintée de fantastique, enquête dont le coup d'envoi était le suicide collectif de 54 collégiennes. A ce titre, la scène d'ouverture montrant les jeunes filles se jeter sous un train, le sang jaillissant de tous les côtés, laissait une empreinte indélébile de par sa dimension à la fois choquante et franchement exagérée. Si le métrage péchait par manque d'unité narrative en empruntant peut-être trop de directions à la fois, il n'en révélait pas moins un cinéaste audacieux et inclassable, totalement en marge des conventions. Les récents longs de Sono viennent confirmer les premières impressions, à commencer par le magnifique
Requiem Pour Noriko dont l'histoire nous replonge directement dans l'univers de
Suicide Club au moyen de
crossovers intégrés dans un récit complexe soutenu par l'omniprésence de la voix-off. Plus abouti que l'opus précédent,
Requiem Pour Noriko s'attarde davantage sur la psychologie de ses personnages principaux et dresse les portraits touchants d'un père, de ses deux filles et de la jeune femme par qui le drame arrive, pour finalement se montrer encore plus excessif dans son propos sur la dépersonnalisation, la comédie familiale et la mise en scène de la mort..
Requiem Pour Noriko clôt définitivement, et en beauté, le chapitre
Suicide Club. Mais Sono Sion n'a pas fini d'en découdre avec les portraits de famille tragiques ni avec les scénarios labyrinthiques. A travers son récent
Strange Circus, le cinéaste affirme plus que jamais son goût pour la surenchère, laquelle n'est désormais plus l'exclusivité du fond mais contamine la forme, et nous plonge cette fois dans l'univers mental aussi tortueux que malsain d'une romancière qui voit ressurgir son passé trouble.