HARMONY KORINE: LE REBELLE
Le choc:
Mister Lonely (sortie 12 mars)
On a découvert Harmony Korine lorsqu'il a écrit le scénario de
Kids à seulement 18 ans (puis dans un second temps celui de
Ken Park à 19 ans, avant de se brouiller avec Larry Clark). La grande révélation vient de sa première réalisation :
Gummo. Le film prenait la forme d'une serie de sketches sur de jeunes marginaux paumés dans un morne patelin de l'Ohio qui, depuis vingt ans, ne s'est jamais remis de la tornade qui l'a dévasté. Comme Gainsbourg en son temps (
Je t'aime, moi non plus), Korine réinvente la poésie du crade, donne à voir la laideur du monde sous sa choquante beauté, accumule sur bobine les séquences brutales (un chat noyé). En fond sonore,
Like a prayer de Madonna, du death metal, du punk pour célébrer l'Amérique des laissés-pour-compte. Son second long
Julien Donkey boy, trop arty pour être accessible, estampillé Dogme, ressemblait à de la poussière sur du vide et permettait surtout au cinéaste de peaufiner ses expérimentations formelles. Ce toqué de Fassbinder, Godard et Cassavetes signait un opus trop confidentiel qui en dépit de quelques scènes poilantes (une en particulier avec Werner Herzog), laissait un chouia perplexe. Par la suite, c'est la descente aux enfers: Korine s'éloigne des plateaux de cinéma, traverse une longue période de crise (dépression, toxicomanie). Afin de combler son mal-être, il fait d'autres activités (joueur de banjo, danseur de claquettes, écrivain, réalisateur de clips, photographe) et retrouve progressivement toute sa superbe grâce à quelques potes comme Gus Van Sant qui l'a fait tourner dans une scène du bandant
Last days.
Aujourd'hui, le jeune Harmony (qui évoque le jeune Ferrara) semble aller mieux. Mais sa fragilité et sa sensibilité extrêmes ne garantissent rien.
Mister lonely, son nouveau long métrage, est une vraie réussite apaisée. De manière décousue, le film raconte l'itinéraire tordu d'un jeune américain perdu à Paris. Il vit d'expédients en tant que sosie de Michael Jackson, danse sur les trottoirs, devant les parcs publics, les lieux touristiques ou des salons commerciaux. Seul avec lui-même et son désir de différence. Un jour, Michael Jackson rencontre Marilyn Monroe. Troublé par sa beauté évangélique, il accepte de la suivre en Ecosse, dans les Higlands, pour rejoindre une communauté de losers mélancoliques. Avec ses moyens, Korine apporte une nouvelle preuve de la diversité d’un cinéma américain qui rivalise de propositions originales. Nous ne sommes qu’aux prémisses de ce beau déferlement. Au festival de Berlin, le classique instantané de Paul Thomas Anderson est d'ores et déjà favori pour décrocher l’Ours d’or. Et au festival de Cannes et à la Mostra de Venise (deux autres événements considérables), des révélations US devraient réjouir les cinéphiles du monde entier. Hâte de découvrir tout ça.