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Quand Les Masques Tombent [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 07 novembre 2008 à 13h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h24 - 0 commentaire(s)
L'Art de la pensée Négative de Bard Breien (sortie le 26 novembre) est une divine surprise assez politiquement incorrecte venue du Danemark. Son héros est un handicapé irascible visité chez lui par un groupe de soutien plein d'optimisme pour lui faire voir la vie du bon côté. Or, c'est son mauvais esprit qui triomphera de ses semblables bien intentionnés et révélera leur vraie nature dans un déchaînement de rage salvateur, une négativité et un pessimisme aux vertus cathartiques. En découvrant ce film et son huis clos étrange, on songe que le cinéma a parfois eu ce pouvoir particulier: celui de faire tomber l'hypocrisie qui préside aux rapports humains et les masques dont chacun s'affuble pour cacher des sentiments plus troubles, des existences à la complexité dérangeante sous leur apparence insoupçonnable. Quand les masques tombent, personne n'est ce qu'il semble et les rapports de force sont bouleversés, comme dans le film de Breien entre les valides et les handicapés. Sous une réalité bien ordonnée, l'anarchie et la fureur grondent.



La référence en la matière est incontestablement Festen de Thomas Vinterberg où à la faveur de l'anniversaire du père et d'une grande réunion familiale, les vieilles rancoeurs et les haines inavouées explosent. Les secrets les plus honteux sont révélés lorsque le fils aîné fait un discours assassin à la gloire -si l'on peut dire- de son paternel. Le film est extrême et intense dans la forme et dans le sujet, finit par sonder des âmes rongées par une haine mutuelle (que la société travestit d'ordinaire en affection ou en piété filiale).

Pourtant, on connaît cela depuis Ingmar Bergman : les soeurs de Cris et chuchotements se haïssent ou s'envient. Quand elles se font des démonstrations, remplissent leur devoir envers l'une d'entre elles, mourante, c'est pour mieux cacher la froideur et le mépris qu'elles éprouvent les unes envers les autres. La vérité profonde soulevée par le grand maître suédois est que l'humanité est menée par ses pulsions les plus noires. Ainsi, l'amitié fusionnelle entre les deux femmes de Persona se teinte peu à peu de désir, de malveillance, de violence et de jalousie. Le couple exemplaire de Scènes de la vie conjugale explose précisément à cause de l'illusion de bonheur conformiste où chacun étouffe. Enfin, la fille de Sonate d'automne envie sa mère, brillante concertiste, jusqu'à éprouver pour elle une haine monstrueuse qui déforme ses traits. Ingmar Bergman est indubitablement un pessimiste. Cependant, l'acuité et la justesse impitoyable de son regard sur les rapports humains a quelque chose d'incroyablement dérangeant. Car, dans les noires pulsions qu'il décrit, les haines honteuses ou les rancoeurs savamment entretenues dans le secret des inconscients, il est difficile de ne pas se reconnaître à un moment ou à un autre. Même l'enfance, habituellement innocente et merveilleuse, devient cruelle dans Fanny et Alexandre. Jusque dans sa dernière oeuvre, Saraband, un père et un fils sont unis par leur haine mutuelle. Absolument aucun de nos travers n'échappe à la redoutable lucidité du cinéaste...



Le classique incontournable La Nuit du chasseur traite également des faux semblants, du crime travesti sous un masque de vertu trompeuse. Robert Mitchum incarne un merveilleux ogre de cinéma qui, peu à peu, révèle ses intentions homicides. Les bons ne sont jamais ceux que l'on croit et l'on ne peut pas même se fier à un homme de Dieu qui défend d'une voix de miel sa divine mission. Mitchum grossit le trait, est le seul à pouvoir aller dans cette exagération jusqu'à la rendre sublime. Celui qui apparaît aux braves gens bourré d'intentions nobles est un monstre cauchemardesque que les enfants doivent fuir, s'ils veulent avoir une chance de survivre à sa colère.


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