Avec
Fados de Carlos Saura (sortie le 14 Janvier), on pénètre l'âme d'une musique et d'une culture, comme parfois le cinéma le permet, notamment pour approcher l'art des Gitans (dans les films de Kusturica et de
Tony Gatlif) ou par exemple, la musique cubaine dans le fameux
Buena Vista social club de Wim Wenders. Mais le metteur en scène se permet une audace en abordant le fado, celui de l'accompagner de danse, ce qui n'est habituellement pas l'usage. Et le cinéma en a connu, de ces beaux moments dansés, qui traduisaient l'humeur des personnages, un moment de grâce au sein d'une intrigue, une scène qui en saisissait l'esprit ou simplement la traduction d'une émotion ou d'une liberté profonde. Saura avait déjà évoqué cet art sublime dans deux autres films, consacrés au flamenco ou au tango. Il est vrai que souvent la danse et la musique renvoient à une identité plus profonde, un état d'esprit qui ne saurait se traduire en mots et qui soudain s'exprime dans une chorégraphie. Ainsi pour accompagner la mélancolie sublime du Fado, il y adjoint la gestuelle de la danse, comme une traduction visuelle et sublime, un complément à la musique.

Il est assez difficile de rendre compte de la portée sensuelle d'une musique, des sentiments qu'elle inspire et porte en elle. Souvent lorsque la musique devient émouvante au cinéma, ou du moins accentuée, c'est quand la danse fait irruption pour en appuyer l'impact. Cela peut s'appliquer au fado auquel Saura a choisi de se consacrer, mais c'est plus évident encore dans les danses qu'il a choisi de montrer dans ses oeuvres précédentes.
La sensualitéLe flamenco est assurément bien plus qu'une danse folklorique mais est devenu une véritable expression de la sensualité, un danse suggestive et tendue, dans une représentation presque violente du désir (ainsi que Cédric Klapisch a pu l'utiliser dans
l'Auberge Espagnole). Cela devient par exemple l'un des beaux moments de
La Comtesse aux pieds nus, ou Ava Gardner renoue avec son charme originel en se mêlant aux gitans.
Le tango est la danse de la séduction au cinéma, pas seulement originaire d'argentine mais également élégante et toujours torride comme un acte d'amour. On se souvient de la scène d'anthologie de
Al Pacino dans
le Temps d'un Week-end où il séduit une jeune inconnue à la faveur d'un tango. Peu à peu, la féminité de cette femme se dévoile et ses cheveux se dénouent. D'abord embarrassée, elle se laisse entraîner par l'aveugle facétieux et oublie toutes ses réserves. La danse est peu ou prou une métaphore, presque un préliminaire, une irruption du désir dans le réel.
Pour suggérer le lien et la sexualité retrouvée d'un couple qui s'est redécouvert d'une façon assez explosive, c'est à cette danse que Cameron fait appel à la fin de
True Lies pour symboliser l'union de Jamie Lee Curtis et Arnold Shwarzenegger. C'est encore un Tango qui traduit la relation d'amour-haine qui unit
Angelina Jolie et
Brad Pitt dans Mr and mrs Smith. Enfin l'un des plus beaux exemples demeure celui qui figure dans
Le Dernier Tango à Paris. Dans les derniers moments de leur passion sulfureuse,
Marlon Brando, le cul à l'air, et Maria Schneider, riant aux éclats, affichent leur irrévérence au nez et à la barbe de jurés d'un concours de danse très guindé.