Par Nicolas Houguet - publié le 07 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 18 décembre 2009 à 01h27 - 0 commentaire(s)
Le projet depuis longtemps annoncé de Quentin Tarantino, Inglourious Basterds, a enfin été présenté à Cannes, avec une pléthore de stars en son sein (dont Brad Pitt et notre Mélanie Laurent nationale). Depuis le temps qu'il évoquait et reportait cette incursion dans la seconde guerre mondiale comme son film de guerre rêvé, autant dire qu'on l'attendait de pied ferme. Avec toujours cette curiosité gourmande qui nous étreint à la sortie de chacune des oeuvres de ce fou de cinéma.



La détermination d'un passionné

L'histoire est belle comme un conte pour « geeks » de cinéma (les monstrueux cinéphages). Elle est certes connue à présent mais on ne se lasse pas de la rappeler. Il était une fois un jeune garçon prénommé Quentin, né en 1963, dans le Tennessee, qui ne rêvait qu'en celluloïd. En cinquième, âgé d'une douzaine de printemps, il écrivait déjà des scripts avec exubérance et une insatiable passion. Seulement, il ne dépassait pas la page 30, trouvant soudain une nouvelle idée qui l'intéressait davantage, ce qui est le lot de tout écrivain en herbe, passionné de partout et donc éparpillé par nature. Le temps passe et Quentin bouffe de la pellicule, et voit absolument tout ce qu'il y a à voir au cinéma, sans distinctions, se délectant de chef d'oeuvre, s'émerveillant de nanars. Il dépasse bientôt le cap de la trentaine de feuillets pour pondre un script de 500 pages qu'il compare avec humour à cette monstruosité genre « mon grand roman américain qui ne sortira jamais » où il déchaîne son envie irrésistible de faire du cinéma. Chaque auteur rencontre sur son chemin cette oeuvre fouillis, cette boîte à idées où il tente de faire tenir tout ce qu'il y a en lui pour aboutir au bout d'un moment à quelque chose de totalement inexploitable.

Il continue d'apprendre en autodidacte. Il est vendeur dans un video club, le « video archive », où il connaît une période de félicité, puisqu'il vit totalement au milieu de sa passion, dort dans la boutique, voit tous les films qu'il peut à une cadence infernale. Il est certes totalement fauché mais il est heureux. Comme tous les passionnés qui se cherchent encore, seule sa passion l'emporte. Il est boulimique et développe sa vision du cinéma, hors des conventions et des films à Oscars, adorant Tony Scott, Stanley Kubrick, Brian de Palma, John Woo, Sergio Leone et Howard Hawks sans distinction. Il constitue sa base cinéphile. Avec le peu d'argent qu'il gagne et sa passion en bandoulière, il passe ses week end à faire son premier film, engloutissant toute son énergie à apprendre comment on met en scène. Celui-là ne sortirait jamais.



Mais Quentin sait qu'il tient là sa voie, sa mission de justicier solitaire de tous les geeks qui respirent cinéma, parlent cinéma, bouffent cinéma (souvent loin du bon goût communément admis mais avec un jugement sûr et des opinions bien tranchées sur cet unique sujet). Pour lui, ça sera ça ou rien, car hors de cela, il n'y a rien. Dévoré par sa passion, il écrit à 25 ans un script intitulé True Romance (lui qui, à l'époque, n'a jamais vraiment eu de copine). Il sait que c'est là, qu'il tient son style, sa porte de sortie, son rêve. Et il est bien le seul à y croire. Pendant cinq ans, il va livrer l'âpre bataille de l'auteur qui voit son oeuvre incomprise partout, rejetée, refusée poliment car elle échappe aux formes habituelles et au structures imposées, on en déduit donc qu'il n'y connaît rien et on ne mise rien sur lui. Totalement frustré et amer, il écrit un autre script, Tueurs nés, qui éveille la même indifférence. Il est alors prêt à les vendre à qui en voudra, ne serait-ce que pour prouver qu'il est un auteur. Puis True Romance trouve preneur. Après quelques péripéties, Tony Scott en vient à lire le scenario de notre auteur obstiné et s'attache fort au projet. Et le train est lancé, Quentin Tarantino est devenu un auteur et jouit enfin d'une certaine reconnaissance.

Vos réactions


logAudience