Enfin il y a l'expérience plus diversement reçue,
Boulevard de la Mort, hommage aux films « Grindhouse », avant l'opus de son ami Robert Rodriguez. Tarantino y invoque une tradition foisonnante, celle de grands films d'antan, des cauchemars routiers comme
Duel ou
Hitcher. Il filme la voiture mythique de
Point limite Zéro. La promesse est belle, le héros charismatique en la personne de
Kurt Russell, les jeunes filles accortes et sexy comme il se doit. Mais le film se perd dans ses références. Si l'on s'amuse d'abord des signes distinctifs dont le réalisateur use (la pellicule et la bande son abîmée, les défauts de montage...), on s'agace aussi de baisses de rythmes et de moments un peu trop bavards où le cinéaste semble s'auto-parodier. L'exercice est jouissif, certes, mais parfois assez vain. Le public ne suit pas. L'amour du cinéma bis et l'érudition du cinéphage ne font pas tout. On ne retrouve pas la maîtrise de la structure et du récit qui ont fait la fortune de Tarantino. C'est amusant, mais bordélique, plaisant mais anecdotique. L'ami Quentin se fait clairement plaisir, mais par moments, il exclut un peu de son propos, à trop accumuler les clins-d'oeil. Pour la première fois sans doute, son enthousiasme n'était pas totalement communicatif. Ainsi, on s'est réjoui de le voir concrétiser enfin sa grande idée, celle qu'il annonce depuis longtemps (il en annonce beaucoup), avec
Inglourious Basterds. Evoquant des soldats juifs-américains dont la mission est clairement de casser du nazi, on s'attend à un film de guerre à l'action jubilatoire.
On a toujours envie de retrouver ce gamin, ce jeune homme au milieu de son vidéo club qui ressemble à une grotte pleine de trésors. Il a eu la générosité de nous faire partager sa folie cinéphile, dans la lignée de quelqu'un comme
Martin Scorsese. Et cet enthousiasme-là, dans le cynisme ambiant, est loin d'être de trop.