La première apparition de Ralph Fiennes au cinéma se faisait dans Le rôle d'Heathcliff, dans
les Hauts de Hurlevent, adaptation du chef-d'oeuvre d'Emily Brontë, au côté de Juliette Binoche. Ce personnage ténébreux et tourmenté illustre assez bien le registre de l'acteur. Il optera souvent pour ces compositions extrêmement complexes et sombres. Dans le regard de Fiennes se jouent les contradictions et les convulsions d'une âme en peine. Sous une apparente froideur, il fait ressentir la blessure, s'illustrant dans un romantisme classique et douloureux, parfois au seuil de la damnation. Même lorsqu'il incarne le monstre de
la Liste de Schindler, on sent en lui cette humanité déchirante et détraquée, hors de tout manichéisme, dans les secrets d'une psyché égarée. Au coeur des ténèbres, il parvient toujours à faire entendre cette grande ambiguïté, ce qui fait de lui un comédien à part. C'est ce raffinement qu'il apportera à
The Duchess (sortie le 12 Novembre), en époux rigide incapable de satisfaire sa femme, libre et anticonformiste, l'ancêtre de la Princesse Diana, campée par Keira Knightley.

Il voit le jour le 22 décembre 1962 en Angleterre. Encouragé depuis la plus tendre enfance à se perfectionner dans les arts, il lit Shakespeare, écoute des disques de grands acteurs jouant les pièces du répertoire ou récitant de belles poésies. La vocation, alors, n'est pas loin d'être une évidence. Il hésite un moment, commence par étudier la peinture, il finit par devenir acteur. Il intègre la très prestigieuse Royal Academy of Dramatic arts et se réalise, suivant une formation admirablement complète (de la danse au chant, apprenant la poésie et bien sûr les grands textes). Fiennes trouve là de quoi s'exprimer. Diplômé avec succès, il joue sans relâche jusqu'à intégrer la Royal Shakespeare Compagny et le Royal National Theater à l'aube des années 90. Il gagne la reconnaissance et a suivi le parcours propre aux grands comédiens britanniques (de
Gary Oldman à
Tilda Swinton).
En 1992, il incarne donc Heathcliff dans ce qui reste à ce jour la plus belle interprétation du personnage. Dans les Haut de Hurlevent de Peter Kosminsky, il ressent un grand amour pour Cathy qui va se muer en haine, car il demeurera inassouvi. La belle se marie à un homme de sa condition et meurt prématurément. Heathcliff déchaînera sa frustration vengeresse sur la descendance de sa chère disparue. Le couple principal (Fiennes et Juliette Binoche) donne de la profondeur à ce film assez sage formellement. Ralph est ensuite le fils d'un évêque qui enquête sur le cas d'une femme pure, belle et innocente (Julia Ormond). Elle prétend avoir conçu un enfant tout en étant toujours vierge dans
The Baby of Macon de Peter Greenaway. Il subit les assauts de séduction de la belle et découvre la nature troublante du rejeton. Une scène de viol absolument traumatisante conclut cette oeuvre. Fiennes s'immerge dans des ambiances troubles, souvent glauques.
Le personnage d'Amon Goeth dans
La Liste de Schindler de
Steven Spielberg, est absolument abject. Il est cruel et sadique, prend du plaisir à avoir droit de vie et de mort sur les prisonniers du camp de concentration qu'il dirige (la scène où il tire du haut de sa terrasse au fusil pour tuer arbitrairement des pauvres bougres est particulièrement éloquente). Il est possédé par une mégalomanie détraquée, totalement opposé à la ruse de Schindler. Il est son contraire et cherche pourtant à s'en faire un ami. Bedonnant, amoral et criminel, il a tout pour devenir un méchant de cinéma, presque une caricature. Pourtant ce qui ressort avant tout de ce rôle, c'est son extrême instabilité psychologique. Fiennes donne à voir la névrose profonde du personnage, en particulier lorsqu'il s'éprend d'une jeune fille juive à son service. Ce qui le rend plus imprévisible et intimidant, c'est précisément cette fragilité, dont on sent qu'elle le rend capable du pire, sur une impulsion rageuse. Par delà les actes horribles qu'il commet, l'acteur en fait un portrait presque impressionniste, nous donne à voir sa psychologie totalement perturbée. Ce sens de la nuance extrême est absolument juste et rare, la noirceur de Goeth n'est pas démoniaque mais profondément humaine, autant que la bonté de Schindler.