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La Forêt contre-attaque - Rébellions animales : le territoire, une question de vie ou de mort

Par Benjamin MURIOT - publié le 20 juillet 2010 à 00h32 ,
MAJ le 20 juillet 2010 à 08h48 - 0 commentaire(s)

Au cinéma, il n'est pas rare de voir des films dans lesquels des animaux se vengent d'humains souvent méchants, et lors de scènes souvent comiques (rien que dans les Disney, déjà, il y a de quoi faire). Mais il est aussi des films qui ont fait de cette lutte des espèces le coeur de leur intrigue, comme La Forêt contre-attaque et ses créatures des bois tentant d'enrayer un projet immobilier les mettant tous en péril. Alors, parce que les animaux n'ont malheureusement presque jamais le dessus sur l'être humain dans la réalité, il nous semblait être de notre devoir de nous remémorer les plus braves combats qu'ils ont pu mener... et les crimes les plus atroces que nous avons pu commettre, sans oublier ceux que nous continuons de perpétrer... méchants humains, va !


Princesse Mononoké
Hayao Miyazaki, 1997

 

Image Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki

La rébellion la plus... guerrière

La faute de l'Homme : thème récurrent de la filmographie de Miyazaki, c'est l'industrialisation des sociétés humaines qui finit par porter préjudice aux animaux, l'Homme détruisant et polluant leur habitat pour satisfaire ses besoins en ressources naturelles. Le film cristallise cette agression avec l'idée que les balles des soldats contaminent les animaux touchés, lesquels peuvent ensuite contaminer les hommes ou les tuer dans leur rage. Le message est clair.

Leur botte secrète : menacés de perdre leur dimension spirituelle avec l'expansion de l'Homme, les animaux - et tout spécialement les sangliers - se lancent en masse dans un ultime assaut contre les forges de Dame Eboshi. Suicidaire, mais destructeur.

Pour la petite histoire : considéré par beaucoup comme son oeuvre maîtresse, il a fallu du temps à Miyazaki pour accoucher de ce film d'animation épique et écologique. Plus de quinze années de gestation durant lesquelles il retourne l'intrigue dans sa tête, en utilise des éléments dans d'autres travaux pour les mettre à l'épreuve,... Finalement, il aurait eu le déclic en revenant d'une excursion à Yakushima, une île ancestrale japonaise recouverte par plusieurs forêts très denses. Et puisqu'elles lui auront donné l'ultime inspiration pour mettre en forme son récit, Miyazaki s'en inspirera encore pour établir l'esthétique de son film, au point que l'une d'entre elles est désormais surnommée "Mononoke-hime no mori" ("La forêt de Princesse Mononoké").

"Observe ma tribu, Moro : nous sommes chaque jour plus petits, plus stupides. Bientôt, nous ne serons plus que des bêtes sans langage que les hommes chasseront pour leur viande."


La Souris
Gore Verbinski, 1997

 

Image La Souris de Gore Verbinski


La rébellion la plus... cartoonesque

La faute de l'Homme : comme le film l'explique avec une pointe de fantastique, nos maisons nous appartiennent autant qu'aux créatures habitant leurs murs. Pourquoi les chasser, alors ? Parce qu'elles font des trous dans des sachets de nouilles que nous aurions pu protéger avec une boîte en plastique ? Ou, tout simplement, parce que l'Homme n'est pas prêteur pour un rond ?

Sa botte secrète : en tant que souris de cartoon, ce petit rongeur ne craint aucune attaque et sait même les retourner à chaque fois contre ses agresseurs. Presque aussi énervant que Speedy Gonzales.

Pour la petite histoire : avant de donner vie à une souris tout droit sortie d'un cartoon de la Warner Bros pour son premier long-métrage, le réalisateur Gore Verbinski s'était fait repérer grâce à trois crapauds mécaniques qu'il dirigea dans une publicité Budweiser. Récompensé par plusieurs prix et honoré de voir ses trois batraciens devenir les emblèmes de la marque, il semble évident qu'il aime à "cartooniser" les animaux et son prochain Rango - western à hauteur de reptile - apparaît dès lors comme une évolution parfaitement logique de sa filmographie.

"C'est Hitler avec une queue ! C'est La Malédiction avec une moustache ! Même Nostradamus n'aurait pas pu imaginer ça !"


Les Rebelles de la forêt
Roger Allers et Jill Culton, 2006

 

Image Les Rebelles de la forêt de Roger Allers et Jill Culton

La rébellion la plus... anti chasse

La faute de l'Homme : la chasse, activité anachronique par excellence. Et hypocrite. En effet, si les chasseurs sont comme ils aiment à la prétendre de tels amoureux de la Nature, pourquoi ne pas se contenter de shooter les animaux avec un appareil photo plutôt que de leur plomber les fesses ?

Leur botte secrète : une excellente coordination et utilisation des troupes, où chaque animal use de ses particularités pour repousser les chasseurs. Et l'escadron des écureuils a une puissance de feu incomparable !

Pour la petite histoire : bien que Monster House soit sorti quelques semaines plus tôt, Les Rebelles de la forêt était le premier projet de la structure Sony Pictures Animation, fondée en 2002. En tant que tel, il fut donc pensé comme une transition entre l'animation traditionnelle et celle en images de synthèse mais aussi comme un hommage à la première. C'est pourquoi, alors que la profession tendait vers la recherche de réactions physiques réalistes, l'équipe de Sony Pictures Animation a développé un programme spécialement dédié aux déformations des personnages, Shapers, pour que ceux-ci répondent davantage aux règles de l'animation en 2D.

"On me marchera dessus quand on m'aura transformé en carpette. D'ici là, pas question que je me laisse faire sans me battre !"


Pompoko
Isao Takahata, 1994 
 
Image Pompoko de Isao Takahata


La rébellion la plus... couillue (au sens propre comme figuré)

La faute de l'Homme : dans le Japon des années 60, pour répondre à l'explosion démographique des villes, des projets d'urbanisation sont lancés à la périphérie de Tokyo. Et tandis que les êtres humains se créent un paradis de confort et de modernité, les "anciens propriétaires" sont poussés sur la liste des espèces en voie de disparition... Mais c'était eux ou nous, hein !

Leur botte secrète : l'art de la transformation, que beaucoup de tanukis maîtrisent, et bien sûr leurs testicules aux mille et une utilisations.

Pour la petite histoire : cofondateur du studio Ghibli avec Hayao Miyazaki et réalisateur émérite, Isao Takahata a eu l'idée de Pompoko en constatant un jour qu'une forêt de bambous près de chez lui avait été détruite pour laisser la place à un quartier résidentiel, le laissant s'interroger sur le destin des animaux qui y vivaient. C'est pourquoi, et bien qu'il ne manque pas de fantaisie, le film ne se départit jamais d'une approche documentaire n'en rendant que plus fort son message, une constante dans le travail du réalisateur. On peut d'ailleurs voir dans les différentes représentations des tanukis (réaliste, cartoonesque, silhouette) une incarnation de ces différents niveaux de lecture.

Voir aussi : sur postulat assez similaire mais traité on ne peut plus différemment (c'est peu de le dire), Nos voisins les hommes.

"Tanukis, la guerre ne fait que commencer ! Nous ne déposerons les armes qu'après avoir écrasé, pulvérisé, écrabouillé et chassé les humains de nos terres à tout jamais !"

 


Lucas, fourmi malgré lui
John A. Davis, 2006


Image Lucas, fourmi malgré lui de John A. Davis


La rébellion la plus... à échelle réduite

La faute de l'Homme : "le pouvoir corrompt" dit-on, et quand on est un enfant face à une colonie de fourmis, on se sent à ce point puissant qu'on imagine pouvoir les exterminer en toute impunité. De quel droit ? Car dans l'absolu, la vie d'un insecte ne vaut-elle pas autant que celle d'un homme ?

Leur botte secrète : une puissante magie ancestrale, capable de réduire les sales garnements à leur échelle pour les corriger. L'adage "la petite bête ne mange pas la grosse" est rendu caduque.

Pour la petite histoire : Producteur sur le projet, c'est Tom Hanks qui a eu l'idée de tirer un film du livre de John Nickle après l'avoir lu à son fils. Il en envoie aussitôt une copie au réalisateur John A. Davis (Jimmy Neutron) qui accepte immédiatement, trop heureux de pouvoir se lancer sur le travail d'adaptation. Mais alors qu'il rédige le script autour d'un jeune héros apprenant à respecter les insectes, une invasion de termites se déclare à son domicile et le force à appeler avec honte les dératiseurs. Un peu comme si Spielberg avait participé à des manifestations néo-nazies pendant la préparation de La Liste de Schindler...

"Ne tirez pas avant de voir la cire dans ses oreilles !"


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