Par Rafik Djoumi - publié le 13 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 13 octobre 2009 à 14h11 - 0 commentaire(s)
A l’occasion de la sortie en Blu-Ray du chef-d’œuvre de Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand, voici une proposition de lecture rarement (jamais ?) évoquée au sujet de ce classique intemporel.

Ce texte s’adresse exclusivement à ceux qui ont vu le film Le Bon, la Brute et le Truand, et de préférence plusieurs fois.

Beaucoup s’accorderont à reconnaître que Le Bon, la Brute et le Truand est l’un des très rares « classiques » à susciter chez le grand public un plaisir immédiat et sans cesse renouvelé ; un plaisir qui ne s’embarrasse d’aucune justification historique, académique ou intellectuelle. Rares sont les films à conserver au fil des ans cette immédiateté et cette facilité d’approche quasi-miraculeuse. Aussi, nous ne la questionnerons pas. La thématique que nous nous proposons d’aborder dans ce texte n’est qu’une des multiples facettes de l’œuvre. Elle n’en constitue certainement pas une clé de lecture obligatoire. A vrai dire, nous ignorons même si Sergio Leone et ses scénaristes ont consciemment développé l’aspect dont nous allons parler ou s’il n’est que la résultante de la culture latine dont ils étaient imprégnés. Voici pour les nécessaires précautions d’usage. Place maintenant à la démonstration…

Cette démonstration, au fond, est assez simple : elle consiste à observer les effets de style « hénaurmes » avec lesquels Leone a structuré son film et à les interpréter au sens le plus littéral. Dès lors, sa mise en scène ne se contente plus de nous séduire ou de nous stimuler ; elle semble soudainement nous raconter une histoire plus inattendue.

Exemple : Passé son générique, Le Bon, la Brute et le Truand s’ouvre sur un paysage désertique ; au loin nous percevons le cri d’un coyote. C’est ce cri de coyote, repris par une voix humaine, qui rythme le célèbre thème de générique et reviendra tout au long du film. Au moment même où l’animal pousse ce cri, apparaît au tout premier plan un visage effroyablement patibulaire, au regard complètement éteint. L’attitude du comédien qui apparaît ainsi (dans un mouvement circulaire venant de la gauche) nous donne l’étrange impression qu’il vient d’être soulevé brutalement de terre, tel un cadavre revenu d’entre les morts. Contrechamp : un hameau déserté qu’un chien famélique (un canidé de la famille du coyote) traverse en silence. Retour sur le visage au regard éteint qui, soudain, s’anime d’un léger plissement des yeux avant que nous réentendions le cri lointain du coyote.
Conclusion : ce cri d’animal, qu’une voix d’humain vient de nous chanter durant trois minutes, semble avoir redonné vie à ce cadavre (même si ce n’est pas pour longtemps).


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