Ce que Tuco apprendra dans la douleur de son périple, c’est la leçon que l’humanité refuse d’apprendre. Maintenant que le héros a regroupé autour de lui les deux figures duelles de sa condition, il est en mesure d’apprécier dans toute son horreur la vision qui va lui être donnée de cette humanité, durant la séquence du gigantesque massacre entre nordistes et sudistes. A la fin de cette énorme bataille, et alors que les protagonistes évoluent sur un terrain peuplé de cadavres,
Sergio Leone va s’autoriser une figure de style encore plus « hénaurme » que les précédentes, afin de nous mener au chapitre final : Tuco cherche une nouvelle fois à échapper à Blondin. Il saute sur un cheval et se lance au galop. Très tranquillement, Blondin s’approche d’un canon, y appose son cigarillo, et tire deux boulets vers Tuco. Le premier coup de canon le désarçonne de son cheval, le second coup l’envoie valdinguer… au cœur d’un gigantesque cimetière !

Au mépris de toute logique géographique (mais d’une parfaite logique de montage et de thématique), Leone nous fait passer comme par magie du champ de bataille couvert de cadavres au symbole même de la mort pour tous. Car c’est dans ce cadre, et dans ce cadre seulement, que va pouvoir avoir lieu la confrontation finale. Le cinéaste nous offre à cet instant une séquence d’une excessive longueur (3mn30), sans aucun dialogue, portée exclusivement par la musique liturgique de Morricone, sur les images d’un Tuco au bord de la folie errant au milieu des croix qui marquent chaque mort ; une des séquences les plus étonnamment hypnotiques que le Cinéma nous ait offert.
Mais Tuco n’est pas seul. Il y a aussi un chien errant dans ce cimetière (en bas à droite sur la photo) et dont le cri, pas si éloigné du coyote, surprendra Tuco. Un chien qui n’a strictement rien à faire en ce lieu si ce n’est d’induire, de façon subliminale et symbolique, que nous ne sommes plus ici dans le monde « réel ».
Dès lors, il est permis de se demander si la puissance incomparable du duel final de ce film n’a pas été méticuleusement, et spirituellement, annoncée au spectateur sur près de trois heures. Au sein de l’arène, un cercle vide, délimité par une succession de cercles concentriques faits de croix. La vision cosmique qu’on pourrait lire dans cette œuvre prend sens, nous rappelant à l’évidence que
Le Bon, la Brute et le Truand n’est pas un western américain sous influence protestante, mais bel et bien un western latin, pétri de catholicisme romain.
Bien heureusement, Leone et ses scénaristes n’ont pas de dogme à nous vendre ; pas de bonne morale à nous laisser en pâture. Et le destin de Tuco s’achèvera tel qu’il a débuté, sans qu’aucune leçon ne soit retenue. A nouveau pendu, Tuco sera de nouveau sauvé par son Chérubin (grâce à un tir impossible, et donc magique). Et alors qu’il porte encore la corde au cou, celle qui devrait lui rappeler la fragilité de sa condition et l’ouvrir au repentir, cet imbécile n’a rien de mieux à faire, en définitive, que de se placer au cœur du cercle vide pour insulter une dernière fois le Ciel.
Tuco n’est pas le « Good » ; il n’est pas le « Bad ». Il est juste à notre image, « Ugly », moche, malin et sans manière. Un vrai coyote quoi…