Par Elodie et Caroline Leroy - publié le 24 mars 2006 à 04h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h51 - 0 commentaire(s)
Nous avons initié le mois dernier une nouvelle rubrique, Regard sur l'Asie, mensuelle qui consiste à mettre en avant, à travers un dossier, un film asiatique injustement méconnu, soit parce qu'il n'est jamais sorti en France, soit parce qu'il est tout simplement passé inaperçu en dépit de ses qualités. Ces dossiers ne se limitent pas à une simple présentation de l'œuvre mais ont pour vocation d'aller un peu plus loin en proposant quelques informations autour du film. Selon les cas, une seconde partie est ainsi consacrée à la présentation d’un artiste ayant contribué à l'œuvre ou bien est l’occasion de creuser l’une des thématiques du film.

Après la comédie d'action coréenne Guns and Talks de Jang Jin, nous nous attardons ce mois-ci sur Jade Goddess of Mercy, de la réalisatrice chinoise Ann Hui.


S'il est une figure phare du cinéma de Hong Kong souvent négligée par les aficionados occidentaux, c'est celle de Ann Hui On-Wah. On lui doit notamment Song of the Exile qui mettait en vedette Maggie Cheung en 1990, mais aussi Summer Snow (1995), avec Josephine Siao, et plus récemment July Rhapsody (2002), avec Jacky Cheung et Anita Mui. A l'instar de Tsui Hark, Stanley Kwan ou encore Kirk Wong, Ann Hui fait partie des réalisateurs majeurs de la "nouvelle vague" du cinéma de Hong Kong qui a marqué les années 80, à la fin du règne de la Shaw Brothers. Si ses oeuvres n'ont pas toujours remporté des succès publics, c'est sans doute parce qu'elles échappent pour la plupart au règne des films de genre qui fait le rayonnement du cinéma de l'ex-colonie britannique. Avec Jade Goddess of Mercy, qu'elle signe en 2004, Ann Hui se lance pourtant dans le film d'action à travers l'histoire d'une jeune policière partagée entre son sens du devoir et ses sentiments personnels. Le genre est cependant habilement exploité pour laisser une place importante au drame et à un développement admirable des personnages.


Adapté d'un roman de l'écrivain chinois Hai Yan, Jade Goddess of Mercy débute par le récit de Yang Rui (Liu Yunlong), jeune gigolo dont la clientèle se compose de femmes fortunées. Lorsque Yang Rui rencontre He Yanhong (Vicky Zhao Wei), une femme simple et mystérieuse, il a le coup de foudre et décide de mettre son travail de côté afin de tout faire pour la séduire, allant jusqu'à se mettre en danger. A travers le regard du jeune homme qui entre progressivement dans la vie de la He Yanhong, on devine que celle-ci cache une douleur profonde, un passé trouble. C'est ce qu'elle lui révélera à travers une lettre lui qui bouleversera Yang Rui : ancienne policière, He Yanhong, de son véritable nom An Xin, a dû changer d'identité suite à une sombre affaire qui la met toujours en danger, elle et son fils.


Si la première demi-heure de Jade Goddess of Mercy laisse présager d'un drame romantique, Ann Hui brouille habilement les pistes en changeant brutalement de ton dès lors que commence le long flash-back dévoilant le passé de An Xin. Aux décors citadins et à l'ambiance des bars nocturne du début succèdent les grands espaces qui entourent la petite ville de Nande. Le flash-back nous plonge tout d'abord au beau milieu d'une violente fusillade dans laquelle on découvre An Xin en action, avant de comprendre que son quotidien se partage entre l'entraînement, les missions et les préparatifs pour son mariage avec son fiancé Tiejun (Chen Jianbin). Le principe narratif du récit dans le récit permet d'alterner les points de vue sur An Xin, personnage central de l'histoire. On la voyait d'abord de l'extérieur à travers le regard de Yang Rui, on la découvre ensuite de l'intérieur puisqu'elle se substitue au jeune homme en tant que narratrice. Pourtant An Xin gardera quelque chose d'insaisissable tout au long de l'histoire. La femme que l'on compare à la Déesse de la Miséricorde (Yu Guanyin), c'est elle. A l'image de son nom qui signifie "paix", cette comparaison a quelque chose d'ironique puisque la jeune femme entraîne la plupart de ses proches dans son destin tragique. Elle est d'ailleurs elle-même animée par des dilemmes insurmontables, à commencer par celui qui se joue entre son aspiration à mener une existence paisible et son instinct qui la pousse vers le danger, elle qui se dit animée d'un désir de bataille caractéristique des personnes de sa branche professionnelle. L'autre conflit intérieur voit s'affronter son sens du devoir policier et sa passion pour un hors la loi, un dilemme qui a peut-être tout à voir avec le premier.


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