Par Elodie et Caroline Leroy - publié le 24 mars 2006 à 04h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h51 - 0 commentaire(s)
Un nouveau pas est franchi l'année suivante avec un premier rôle dans le film qui marque simultanément le grand retour du génial Tsui Hark, définitivement revenu de son étrange escapade à Hollywood. Il s'agit de Time and Tide, film d'action virtuose et complètement barge qui oppose le jeune acteur/chanteur à la star Wu Bai, musicien établi et membre du groupe taiwanais China Blue. Au milieu de ce maelström furieux d'images en mouvement, leur duo improbable fait des étincelles. C'est d'ailleurs à celui qui marquera aussi le plus de points du côté de la bande-originale car les deux y vont de leur contribution, Nicholas Tse l'emportant au final avec son Pythagorean Theorem, thème de sa composition qui fait l'ouverture du film et en embrasse parfaitement le ton décalé.


TIME AND TIDE

Étonnamment – et Time and Tide renforce plus que jamais cette impression – la personnalité tout en nuance de Nicholas Tse à l'écran se situe aux antipodes des outrances de son personnage médiatique de rebelle en colère, agresseur de photographes à ses heures perdues. A la fois naturels, sensibles et malicieusement séducteurs, ses personnages semblent perpétuellement osciller entre timide réserve et farouche détermination. Des qualités qui ne vont toutefois guère lui servir durant les deux années qui suivent puisque aussi vite que s'étaient bousculés au portillon les projets alléchants, les nanars ou semi-nanars vont se succéder à un rythme inquiétant. Parmi eux, on citera le ridicule Master Q 2001 – pourtant produit par Tsui Hark – ; le marrant mais bâclé My Schoolmate, the Barabarian, production Wong Jing à l'occasion de laquelle il retrouve son pote Stephen Fung ; l'infâme et irrécupérable Tiramisu de Dante Lam ; ou encore 2002, l'un des quelques gros ratages du brillant Wilson Yip (SPL), film qui a cependant le mérite de lui offrir au moins une belle scène dramatique dans un océan d'absurdités parfois (involontairement) désopilantes. Le bilan n'est pas fameux à ce stade. Tsui Hark a beau être passé par là, la carrière cinématographique enthousiasmante du Prince de la Canto-pop s'enlise lentement mais sûrement dans des rôles paresseux qui ne font que capitaliser sur une image de coolitude marketing sans grand intérêt.


NEW POLICE STORY

L'année 2002 marque une trêve brutale dans le parcours de la star. Accusé d'avoir indirectement soudoyé un officier de police à la suite du crash de sa rutilante Ferrari le 23 mars au soir, le jeune homme doit rendre compte de ses actes devant la justice. Panique à bord. Les spéculations – plutôt malveillantes – vont bon train et Jackie Chan en personne se déplace au Tribunal afin de plaider en faveur de son protégé. Ce dernier écope finalement de deux semaines de prison agrémentées de 240 heures de travaux d'intérêt général. Une peine certes légère au vu des estimations de l'époque – il risquait deux ans de prison –, mais l'emballement médiatique qui entoure l'événement l'incite à prendre quelques distances. Six mois sabbatiques plus tard, et c'est reparti : la reprise des contrats de publicité suspendus depuis la tombée du verdict, un nouvel album intitulé Reborn – en toute modestie – et un nouveau film en perspective qui s'annonce comme le premier d'une longue série. Alors qu'on le disait fichu, il semble au contraire avoir pris un nouveau départ. Cette nouvelle maturité s'exprime dans des choix réfléchis de rôles plus sombres, comme en atteste justement Jade Goddess of Mercy. Sous le regard de la cinéaste Ann Hui, il s'y montre sous un jour complexe, tour à tour imprévisible, brutal, sensuel et attachant. L'enfant gâté semble avoir soudainement grandi. L'impression se confirme en 2004 avec l'excellent New Police Story de Benny Chan où, plus charmeur que jamais, il vole à plus d'une reprise la vedette au grand Jackie. Un honnête Moving Targets de Wong Jing, aux côté de son rival et ami Edison Chen ainsi qu'une caméo dans Enter the Phoenix, premier long-métrage de Stephen Fung, viennent compléter le tableau d'une année globalement réussie.


WU JI, LA LEGENDE DES CAVALIERS DU VENT

Le "Reborn" Nicholas Tse n'est évidemment pas à l'abri d'un ou deux faux pas, mais l'année 2005, marquée par des films particulièrement ambitieux, s'avère encore plus intéressante que la précédente. Entre un rôle comique haut en couleurs dans A Chinese Tall Story, réalisé par Jeff Lau à grand renfort d'effets spéciaux et où il reprend le rôle tenu par Stephen Chow dans les Chinese Odyssey (1994), et un personnage de sombre Duc dans Wu Ji, La Légende des Cavaliers du Vent, dernier film en date du réalisateur chinois Chen Kaige, le moins que l'on puisse dire est qu'il semble soigner plus finement ses choix. Sa prestation remarquable dans Wu Ji atteste, tout comme Jade Goddess of Mercy, à quel point son jeu s'est étoffé tout récemment, peut-être aussi parce que ces rôles a priori antipathiques lui permettent enfin d'exprimer toute son ambivalence et d'apparaître ainsi dans toute sa dimension humaine, en tant qu'adulte cette fois et non plus en tant qu'adolescent.
En attendant le prometteur Dragon Tiger Gate de Wilson Yip qui le verra manifestement renouer avec la baston pure et dure aux côtés de Donnie Yen et de Shawn Yue et qui sait, avec des personnages plus légers, on ne peut qu'espérer que sa carrière poursuive sur cette belle lancée.

Caroline Leroy

Retrouvez en pages suivantes une galerie de photos de Jade Goddess of Mercy

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