Par Elodie Leroy - publié le 14 novembre 2007 à 22h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h27 - 0 commentaire(s)
Portrait : Daniel Lee Yan-Kong

Compte tenu du sens esthétique aiguisé que révèle Daniel Lee dès son premier long métrage, on ne sera guère étonné d'apprendre qu'il a étudié les arts visuels (au Canada) avant de débuter à la télévision en tant que directeur artistique puis réalisateur de clips vidéos. Si What Price Survival ? ne remporte pas l'adhésion du public lors de sa sortie dans les salles obscures hongkongaises, le film vaut alors à son metteur en scène d'être remarqué par le réalisateur et producteur Tsui Hark, grand détecteur de talents, dont le très choc The Blade présente d'indéniables similitudes avec What Price Survival ?.


Dès 1996, Tsui confie à Daniel Lee les commandes de deux projets, l'un télévisuel et l'autre cinématographique. Daniel Lee œuvre tout d'abord pour la série télévisée Wong Fei-Hong, avec Chiu Man-Cheuk (The Blade), et plus précisément l'épisode Les Huit Assassins, le meilleur de tous (le seul regardable, en fait !), dont le générique du début reprend le principe de celui de What Price Survival ?. Dans la foulée, Daniel Lee dirige Black Mask, adaptation torturée d'un comics local dans laquelle Jet Li incarne le superhéros masqué dont l'allure n'est pas sans rappeler celle de Bruce Lee dans Le Frelon Vert. Si l'on raconte volontiers que Daniel Lee aurait perdu le contrôle du projet, on ne pourra passer à côté de l'esthétique si particulière de Black Mask, ni à côté de ses scènes de combat novatrices dans lesquelles Jet Li, vêtu d'un trench coat noir, court en prenant appui sur les murs, créant un effet d'apesanteur tout à fait sympathique. Les idées visuelles de Black Mask n'ont pas échappé aux frères Wachowski qui s'en sont largement inspiré dans Matrix – les effets numériques en plus, la touche SM en moins. Black Mask met en avant une belle palette de stars – Jet Li, Lau Ching-Wan, Karen Mok, Anthony Wong – et révèle par la même occasion l'actrice sino-canadienne Françoise Yip.


En 1998, Daniel Lee effectue cependant un virage à 180 degrés en explorant le registre du drame pur avec le bouleversant Till Death Do Us Part, offrant à Anita Yuen l'un des rôles les plus poignants de sa carrière. Partageant la vedette par Alex Fong et Francis Ng, la comédienne livre une prestation éblouissante – magnifique pétage de plomb de cette mère de famille en détresse – dans cette œuvre intense et désespérée qui s'achève en apothéose. L'année d'après, Daniel Lee poursuit dans le registre dramatique avec Moonlight Express, polar romantique particulièrement attachant dans lequel une Japonaise qui vient de perdre son fiancé croit revoir celui-ci en la personne d'un policier hongkongais, interprété par la star Leslie Cheung. Avec A Fighter's Blues qu'il réalise en 2000, on croit un instant que Daniel Lee amorce un retour vers le cinéma d'action. Ce n'est qu'illusion : le métrage s'apparente davantage à un mélodrame dans lequel le style personnel du réalisateur semble même avoir été mis en sourdine. Cette histoire de boxeur déchu qui, tout juste sorti de prison, cherche à renouer avec sa famille peine quelque peu à convaincre mais permet toutefois à Andy Lau de montrer une fois de plus à quel point son jeu s'est étoffé à travers les années. Pour l'anecdote, peu avant sa sortie, le film fait déjà du bruit en raison d'un scandale tout à fait hilarant concernant l'affiche promotionnelle, censurée pour des raisons de… "sécurité routière" ! Explication : Le téton d'Andy Lau apparaissant sur l'affiche risquait paraît-il de déconcentrer les conductrices et provoquer des accidents. (NDLR: nous n'avons pas réussi à remettre la main sur la fameuse affiche incriminée dans l'affaire du téton…)


Black Mask mis à part, les films de Daniel Lee valent certes à celui-ci une reconnaissance artistique mais ne rencontrent guère de succès public. Ses deux longs métrages suivants, Star Runner et Dragon Squad, ne dérogent pas à la règle qui veut que chaque film de Daniel Lee fasse un bide plus ou moins fracassant au box-office local. Nul n'étant prophète en son pays, Daniel Lee a su séduire les producteurs étrangers tels que Bey Logan (un fin connaisseur) et Steven Seagal, qui produisent son récent Dragon Squad. Le métrage met en scène Shawn Yue, Vaness Wu, Andy On et Sammo Hung dans une lutte sans merci entre une organisation terroriste et une brigade spéciale anti-criminelle formée par de jeunes flics. Pur divertissement assumé, cocktail de gunfights et d'arts martiaux dans un esprit proche de celui des séries B des années 80-90, Dragon Squad regorge de ces effets stylisés encensés par les uns et décriés par les autres qui caractérisent le cinéma de Lee. Ecrasé commercialement par le génial SPL (Wilson Yip), Dragon Squad n'obtient cependant pas le succès espéré.
Si le nom de Daniel Lee semble décidément maudit au box-office, le réalisateur parvient toujours à s'en tirer grâce à l'aura qu'il a acquise en tant qu'artiste d'exception. La preuve en est qu'il vient tout juste d'être sollicité par Andy Lau pour un projet qui s'annonce dantesque : l'adaptation du célèbre roman fleuve Les Trois Royaumes, de Luo Guangzhong. Avec son budget de 25 millions de dollars, ses 40.000 figurants et la présence de Sammo Hung à la direction des combats, Three Kingdoms : Resurrection of the Dragon devrait assurer à Daniel Lee une visibilité mondiale et pourrait l'installer définitivement comme l'un des chefs de file du cinéma hongkongais actuel.

Elodie Leroy

En pages suivantes, une galerie de photos de What Price Survival ?


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