Difficile de parler d’un film que probablement peu d’entre vous, chers lecteurs, ont eu la chance de voir. Mais, investis d’une mission de réhabilitation quasi divine, nous nous devons ici et maintenant de vous donner l’envie de le découvrir, car voici un film immense et - comme trop souvent - injustement oublié. Vous allez comprendre pourquoi…
The Changeling sort en 1980 sur les écrans français sous le titre
L’enfant Du Diable avant de disparaître dans les limbes de nos mémoires étanches pour ne jamais réapparaître ou presque (2 diffusions TV en près de 26 ans) jusqu’à ce jour. Béni soit-il !
The Changeling est à tous les sens du terme un film fantastique. Une de ces merveilles à ranger immédiatement aux côtés de
The Innocents (Jack Clayton, 1961) et
The Haunting (Robert Wise, 1963). Car il y est évidemment question, vous l’aurez compris, d’une maison hantée et des secrets qu’elle recèle. Ne faut-il d’ailleurs pas entrevoir dans le choix du titre français à l’époque (
L’enfant Du Diable) une volonté délibérée d’établir une filiation – évidente – avec le titre français de
The Haunting (
La Maison Du Diable) ?
THE CHANGELING(1980, 110mn)
Un film de Peter Medak
Avec Georges C. Scott, Melvyn Douglas, Trish Van Devere
Un Homme vidé dans une maison habitéeJohn Russell, compositeur de renom, assiste impuissant à la mort de sa femme et de sa fille unique dans un terrible accident de voiture. Déchiré, rongé par la culpabilité, il finit par choisir le camp de celles et de ceux qui préfèrent la vie. Et voilà où commence vraiment le film et pourquoi il nous secoue, tant les questions qu’il soulève sont universelles : comment tourner la page ? Comment faire le deuil d’une belle histoire dont vous avez brutalement et injustement été privé ? Comment réinventer sa vie ? La réponse de John Russell est dans un premier temps intuitive donc géographique. Il déménage. Partir loin, très loin. Faire table rase, éliminer toute trace de son passé. Impossible de rester plus longtemps dans un appartement où il est prisonnier de souvenirs trop douloureux à affronter. Sur les conseils d’amis, il change de cadre, gagne une autre ville et s’installe dans une demeure immense de style gothique, impressionnante, "labyrinthytanesque". Au milieu du salon immense trône un piano, comme une offrande. Un nouveau départ l’attend. Retrouver l’inspiration au piano, reprendre les cours qu’il dispense à des étudiants du conservatoire, et investir ce nouveau lieu, aussi fascinant qu’effrayant. La machine se remet lentement en route. Lentement mais sûrement. Sauf que John est toujours aussi seul, terriblement seul. Donc un client idéal pour être à l’écoute de la maison et de ses bruits les plus intimes.
John pianote, mais une note se dérobe sous ses doigts. Les canalisations imitent des voix d’enfants et hurlent. Une balle de caoutchouc tombe le long des interminables marches de l’escalier principal, autant de séquences mythiques qui vont ponctuer l’action de
The Changeling. John est-il devenu fou de malheur ? A-t-il des visions ? Est-il un meurtrier en devenir à l’instar d’un Jack Nicholson dans un autre film célèbre de maison hantée – Soit dit en passant, pourquoi autant de chefs-d’œuvre se terminent-ils par … « Ing » ?
The Haunting,
The Changeling,
The Shining ? ? ?
Dès lors qu’il est installé, des évènements étranges se produisent dans la maison autour de lui mais de façon peu courante… car en plein jour – contrairement à la tradition qui veut que l’apparition de signes surnaturels n’intervienne qu’à la nuit tombée. Très vite, John Russell comprend que cette maison est habitée. Il va chercher à entrer en contact avec l’esprit habitant les lieux. D’où vient cette motivation ? Pourquoi ne pas fuir ? Parce qu’inconsciemment il a le secret espoir que sa femme et sa fille lui ont survécu, que ce sont elles qui cherchent à établir le contact. Parce que, dans tout autre cas de figure, sa mission est celle de sa rédemption. Réhabilitation d’un homme qui s’est senti incapable de sauver femme et enfant.
Loin de nous l’idée de vouloir vous dévoiler la véritable histoire de ce film qu'il vaut mieux vous laisser dévorer des yeux. Alors autant passer immédiatement au chapitre des influences.