Comment filmer la guerre ? Bon nombre de cinéastes ont réfléchi à cette turlupinante question. Souvent, les illustrations diffèrent. Pour prendre un exemple,
Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino est un inoubliable film sur des amitiés brisées par la guerre qui fait vivre les péripéties des personnages avant, pendant et après le chaos délétère. Spielberg, De Palma, Coppola, Stone, Kubrick, Fuller… Bref, les plus grands ont traité le sujet en signant, pour la plupart, des films majeurs.
Hanté par quelques ombres tutélaires (les marines ont vu ces films et les ont digérés – ce sont des mômes qui voient la guerre à travers
Deer Hunter et
Apocalypse Now, nommément cités),
Jarhead de Sam Mendes plante ses piquets fictionnels en plein pendant la guerre du Golfe. Le réalisateur d’
American Beauty et des
Sentiers de la perdition ne filme pas la guerre mais l’attente, l’incertitude, les guéguerres et autres conflits internes. Intelligence du point du vue qui colle à la vision d’Anthony Swofford, incarné ici par Jake Gyllenhaal, authentique star de ce mois de janvier (on le verra la semaine prochaine dans le mirifique
Le Secret de Brokeback Mountain, d’Ang Lee). En interview, on se rend compte que le réalisateur Mendes et les deux acteurs Jake Gyllenhaal et Peter Sarsgaard parlent certes avec conviction du film (mais également de leur background) mais surtout ne pratiquent pas la langue de bois.
JAKE GYLLENHAALSes yeux et son visage traduisent mieux l'état mélancolique que le
Hope there's someone de Antony and the Johnsons ou n'importe quel John Frusciante. Acteur voué à la sempiternelle neurasténie ? Négatif. Dans
Jarhead, Jake incarne le protagoniste Anthony Swofford : "C’est un personnage fasciné par l’idée de tuer, qui a une certaine colère en lui, et en même temps il est en total désaccord avec lui-même pour des raisons morales. C’est un enfant qui va être confronté à des situations qui vont le faire grandir d’une certaine manière. Le film, pour moi, doit davantage se lire comme l’itinéraire d’une personne qui laisse une part de soi-même dans le désert et qui n’en reviendra pas indemne. Ce n’est pas un film de guerre dans les normes dans le sens où il n’y aura pas tout ce que tout le monde attend à savoir des batailles et des explosions. Il n’y a pas de personnage principal qui résout tous ses problèmes à la fin. Il y a plus d’importance donnée aux personnages secondaires qu’au personnage principal. Le spectateur est obligé de faire face à ses propres attentes puisque Sam détourne constamment les clichés. C’est comme ça que je ressens le film en tous les cas. Je ne sais pas si le dessein défini du film est de déranger mais je dirais que c’est le film le plus divertissant que j’ai vu sur l’attente pendant une période de guerre."

On le savait très doué (
Donnie Darko). On soupçonnait le potentiel derrière son visage angélique d’ado fâché avec l’existence. Au cas où on ne l’aurait pas compris, faire l’acteur est sa passion première : "Chez nous, être acteur est un business de famille. Si mon père s’était destiné à une autre carrière, je ne serai certainement pas là avec vous. Mais il se trouve que j’aime profondément jouer. Si je n’avais pas été un acteur, j’aurais certainement été un paysagiste, un cuisinier ou un menuisier parce que j’adore faire la cuisine et aussi construire des tables. J’adorerais faire ces métiers en plus du métier d’acteur. J’ai su que j’en avais envie très jeune, à quatre ans, quand je regardais ma sœur sur scène. Vers mes huit ans, je voulais désespérément être un acteur. A l’époque, j’étais déjà très passionné. J’allais à l’école et pendant les moments libres, je passais des auditions."
Après un passage obligatoire chez tonton Emmerich (
Le jour d’après) où, par son simple talent, il sauvait son personnage du sinistre archétype, Jake n’a pas eu envie d’enchaîner les
block-buster bourrins qui font du bien au porte-monnaie ni même les films
teenage qui font mal à la filmographie. Comme sa sœur qui a eu droit à son film cuculte (
La Secrétaire), il s’est imposé une ligne de conduite qui consiste à ne pas choisir tout et n’importe quoi : "Pendant les essais, beaucoup de casteurs voulaient que je fasse mine de regarder le ciel pour me donner un air d’ado pensif (
il rit). Ce qu'ils ne savent pas, c'est que tout ce que les gens veulent que je fasse, je fais exactement le contraire. Même à mon détriment". Quant à sa sœur, l’idée de faire un film en sa douce compagnie l’enthousiasme : "Maggie n’est pas du genre à se prendre n’importe quel scénario. Elle veut quelque chose de solide et de concrêt. Quand elle a vu ma prestation au côté de Peter
[Saarsgard - qui est également son petit ami], elle a trouvé que c’était ce que j’avais fait de mieux de toute ma carrière." Maggie n'a pas foncièrement tort mais a-t-elle vu entre temps
Le secret de Brokeback Mountain ? Si Jake n'a pas l'Oscar cette année, je déchire ma carte de journaliste.