Politique éternelleC'est à proprement parler un retour aux origines qu'engage Schlöndorff dès 1998, lorsqu'il réalise
Palmetto. Dans un ultime passage aux Etats-Unis, il réalise un film engagé, modelé selon le sens critique du cinéaste. L'histoire est celle d'Harry Barber qui, sortant de deux ans de prison, est engagé par une certaine Mrs. Malroux. Celle-ci l'engage pour faire croire à l'enlèvement de sa belle-fille, enfant de milliardaire. Mais les aléas du hasard font tomber le complot dans une chute vertigineuse. Reprenant le style éculé du « coup monté » foireux, Schlöndorff ouvre à nouveau sa boîte de Pandore dans laquelle recèle tout son scepticisme politique. Dans un désir d'argent, donc une perversion du capitalisme, les personnages de ce film se corrompent. Schlöndorff n'en fait plus que des pantins en proie à leur pauvre convoitise.
Par le biais de ce modeste film, il reprend goût à une politique frontale. C'est ainsi qu'il réalise
Les trois vies de Rita Vogt (2000) en Allemagne. Abordant directement le cas d'une extrémiste anarchiste, Schlöndorff mâtine les dénouements de son aventure de légères histoires d'amour qui enrayent le juste fonctionnement des idéaux. Cette dialectique permanente chez Schlöndorff entre l'idéal social et le passionnel des affections trouve un de ces sommets dans ce film-ci. Pour retrouver une telle charge politique, il faut attendre 2004. Entre temps, Schlöndorff a réalisé un documentaire pour la télévision (
Eine Poduzent hat Seele oder er hat keine) et un court-métrage dans le film collectif sur le temps
Ten minutes older-The Cello (2002). Ce n'est donc qu'en 2004 que Schlöndorff revient en trombe au 7ème art. Il réalise
Le neuvième jour, l'histoire d'un prêtre dans un camp de concentration nazi. Les plans intimes sur les corps molestés, l'effondrement des muscles dans l'opprobre des camps, Schlöndorff sans jamais complaire son regard sur les déportés, offre une vision terrifiante et témoigne avec justesse sur la déportation des religieux par les nazis. Le visage cadavérique d'Ulriche Matthes accentue cette crise des corps que le film met en branle.
Le neuvième jour n'a malheureusement pas encore été distribué en France sur grand écran mais a eu la chance d'avoir déjà été diffusé par Arte.
Ensuite, Schlöndorff a réalisé deux films pour la télévision, dont un documentaire sur Billy Wilder (
Billy Wilder speaks (2004). Il a également réalisé en 2006
Strjak, die Heldin von Danzig, l'histoire d'un femme illettrée qui a fondé l'union solidaire de Pologne. Celui-ci non plus ne s'est pas vu gratifié d'une distribution française. Toutefois, il est bon d'espérer que
Le neuvième jour comme
Strajk peuvent bientôt être distribués dans le circuit commercial français. En attendant sort
Ulzhan, le nouveau film de Schlöndorff, produit en 2006 et qui n'arrive sur nos écrans qu'aujourd'hui. Sa première projection date du 21 mai 2007, lors du Festival de Cannes. Dans ce nouveau film, franco-germano-kazakh, Schlöndorff renoue avec l'aventure fabuleuse tout en véhiculant derrière son intrigue l'effet d'une mondialisation mue par l'intérêt des richesses. Espérons que ce nouveau film tienne davantage des grandes oeuvres du cinéaste que des ses films mineurs. Mais demeurons optimiste, il faut saluer Rezo Films de distribuer un film de Schlöndorff sur grand écran, quand on sait que le dernier ayant eu cette chance ne date que de 2000 (
Les trois vies de Rita Vogt).