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Rithy Panh, A La Recherche Du Cambodge [page 1]

Par David A. - publié le 09 janvier 2009 à 16h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 21h01 - 0 commentaire(s)
Voilà déjà vingt ans que Rithy Panh a réalisé sont premier long-métrage, Site 2 en 1989, lui qui dix ans plus tôt quittait un camp de réfugiés cambodgiens en Thaïlande pour la France. En 1985 il sort diplômé de l’IDHEC (aujourd’hui la Femis) sans encore trop savoir ce qu’il ferait de son regard de jeune cinéaste. Mais l’enfant du déracinement qu’il était n’a jamais oublié les horreurs du régime kmer rouge de l’époque 1975-1979 et quand il se rend dans le camp de réfugiés appelé Site 2, à la frontière de la Thaïlande et du Cambodge, il pressent que l’urgence d’évoquer ce passé douloureux est grand. Car les Cambodgiens sont entrain d’oublier, ils sont entrain d’oublier d’où ils viennent, ils sont entrain d’oublier les quelques années de terreur imposées par le régime de Pol Pot, ils sont entrain d’oublier que près de deux millions des leurs furent massacrés en quelques années. Ils oublient car pour la plupart, ils ne veulent plus y penser, ils oublient car la majorité ne veut plus en parler, ils oublient car les autorités préfèrent absoudre les coupables au nom d’une réconciliation nationale.



Mais comment un peuple peut-il regarder vers le futur s’il n’est déjà pas capable de regarder son passé en face ? C’est le choix que Rithy Panh a pris en devenant cinéaste, celui d’être un observateur des siens et de son pays, en recueillant des témoignages terribles sur les conditions de vie des uns et des autres, en se penchant sur le désastre d’une dictature qui a fait du Cambodge un camp de concentration d’une échelle colossale. Fils d’un haut fonctionnaire de l’éducation nationale du royaume du Cambodge, Rithy Panh a définitivement le sens de la pédagogie, de la transmission des savoirs, savoirs que les Kmers rouges ont tenté par tous les moyens de réduire à néant afin de forger une population servile car ignorante. Le savoir n’a aucune valeur en soi, mais il permet de se forger sa propre identité, une identité dont les Cambodgiens avaient grandement besoin pour se reconstruire en tant que nation. Les films du cinéaste, les documentaires comme les fictions, ne disent pas autre chose.



Au centre de son cinéma, deux éléments simples, le geste et la parole. Dans Site 2, Rithy Panh recueille l’histoire de Yim Om, une mère qui souffre de ne pas pouvoir vivre dans son pays, de ne pas pouvoir apprendre à ses enfants d’où vient le riz et comment il se cultive. Au cœur de la ville faite de cabanons entassés les uns sur les autres aux abords de chemins de terre défoncés, la population vit des rationnements d’eau et de riz mis en place par l’ONU. Seule préoccupation au quotidien, trouver suffisamment de nourriture pour nourrir l’ensemble du foyer. Faire à manger, se laver, se réapprovisionner, sont les gestes quotidiens de ces hommes et de ces femmes qui ne peuvent plus espérer grand chose de l’avenir, sinon revenir sur leurs terres afin de re devenir paysans.


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