Quinze ans avant
Heath Ledger, un autre acteur au talent certain disparaissait prématurément. River Phoenix avait le potentiel d’une star moderne : capable d’insuffler de la profondeur à des productions hollywoodiennes, et d’apporter une touche de charisme grand public à des « petits » films. Retour sur une filmographie ambitieuse au goût d’inachevé.
Explorers : enfantinement classe
Ce n'est pas sans nostalgie que l'on redécouvre ce film du père des
Gremlins même si l'on se rend très vite compte que nos souvenirs sont un peu brumeux et datés. Aujourd'hui, encore
Explorers fait tâche dans la production hollywoodienne, mais à l’image de la plupart des films de
Joe Dante, passionnant dans leur envie de préférer aller voir ce qu’il se passe dans la marge plutôt que de rester sur des rails.
Explorers est une belle version de
E.T façon Vilain petit canard.
Mosquito Coast : prophétiquement classe
Harisson Ford débarrassé de son chapeau et de son fouet d’Indiana Jones pour jouer un père de famille obnubilé par le déclin de l’empire américain, c’est un peu trop pour le grand public qui ne va pas voir
Mosquito Coast à sa sortie. Dommage, quand le film de Peter Weir annonce toute la culture environnementaliste actuelle. Mais vu sous sa face obscure, comme un retour compliqué à une ère primitive. Voir Allie Fox, inventeur de génie au cerveau dérangé transporter un pack de glace fait maison à une tribu d’Indiens, a des airs de film comme on n’en verra probablement jamais plus : une sorte de Fitzcarraldo produit par la machinerie Hollywoodienne.
Mosquito Coast est un film malade, au sens prodigieux du terme, surtout quand il préfère faire un funeste bilan humain de nos dérives que des prévisions de bilan carbone.
My Own Private Idaho : la classe Gigolo
Avec
My Own Private Idaho,
Gus Van Sant consolide les bases de
Mala Noché (son premier long-métrage), peaufine l'atmosphère envoûtante de
Drugstore Cowboy et simule un sujet riche en calories complaisantes (la prostitution masculine) pour parler d'autres choses pas nécessairement drôles : les carences affectives, la détresse amoureuse, l'horreur existentielle. Depuis, c'est devenu une oeuvre culte qu'il faut redécouvrir pour l'intensité des comédiens, l'habileté du scénario, la virtuosité de la mise en scène et de la photo et surtout River Phoenix, éblouissant. La liberté de ton de
Gus Van Sant qui s'octroie la possibilité de parler sans fards de la prostitution masculine sans s'abîmer dans des écueils lourdement complaisants (
Hustler White, de Bruce La Bruce, ne date que de 1996) restant des plus ahurissante.