En 2005, il compose une belle élégie à François Mitterrand en évoquant ses derniers jours et la relation privilégiée d'un jeune homme qui a pu l'approcher à l'Elysée, à la fin de son règne. Michel Bouquet y livre une prestation exceptionnelle et crépusculaire. Guédiguian met un grand souffle à évoquer le vieil homme et la mort, l'autre pan du récit avec les états d'âme du jeune journaliste étant moins convaincant. Dans une forme sobre et sous les lambris des palais de la République, le cinéaste s'attache à suggérer la vérité du président mourant et brosse de lui un portrait pudique et juste. Il est un homme de gauche qui ne renie pas l'admiration qu'il a pu avoir pour Mitterrand. Il n'élude pourtant pas les contradictions du fascinant personnage.
Avec
Le Voyage en Arménie, Guédiguian emmène Ariane Ascaride aux sources de ses origines à lui. Il conjugue sans cesse son cinéma à la première personne. Il raconte un aspect de sa vie. Plus que jamais, l'actrice, à la découverte de lointains parents, devient son double. Cette quête initiatique est aussi la sienne, celle qui dit qui il est, d'où il vient. On le devine au fil des films, détaillant ses racines, les lieux et les gens auxquels il s'attache, livrant grâce au septième art une part de son intimité.
Enfin en 2008, Guédiguian revient à Marseille et retrouve sa bande (Ariane Ascaride,
Gérard Meylan et
Jean-Pierre Darroussin) dans
Lady Jane. Il réalise un film de braquage. D'anciens compères se retrouvent pour un dernier casse. Le titre du film est tiré d'une chanson des Rolling Stones. On attendait assez peu Guédiguian dans le registre du Film Noir. Son incursion est réussie, s'attachant comme toujours aux liens entre ses protagonistes, au temps qui passe, au désenchantement qui gagne. Ces thématiques sont récurrentes, revenant sous différents masques tout au long de son oeuvre.
Quel que soit le registre qu'il aborde, Guédiguian ne se dépare jamais de sa sincérité, de motifs auxquels il revient toujours, même par des chemins détournés. Il ne cesse d'explorer et de sublimer ce qui l'a forgé dans sa vie (les lieux, les hommes, les causes) et dans son art (l'écriture cinématographique et toutes les possibilités qu'elle lui offre).