Par Nicolas Houguet - publié le 07 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 07 octobre 2009 à 18h16 - 0 commentaire(s)
La Légende de Bagger Vance est tout entier consacré à cette époque dont Redford porte le souvenir en permanence, celle d'une Amérique disparue, celle de sa jeunesse probablement ou plus exactement celle qui le faisait rêver. Il prend un sujet assez peu évident : le golf. On imagine la tête des producteurs devant le projet: « Après la pêche, le golf, pourvu qu'il ne se mette pas au tarot !!! ». Seulement il ne s'agit franchement pas de ça mais toujours de la même obsession: faire renaître grâce à 'un film le temps de l'innocence. Un vieil homme (l'émouvant Jack Lemmon) fait une énième crise cardiaque sur un parcours de golf. Alors qu'il est étendu, il se souvient du héros de son enfance, Junah, le plus grand joueur de golf de Savannah avant la grande dépression. Et le souvenir renaît, vivace. Junah revient brisé de la première guerre mondiale, la ville est touchée de plein fouet par la crise de 1929. Une femme forte, belle et typiquement sudiste (Charlize Theron) va organiser un tournoi entre trois grands golfeurs des Etats-Unis pour sauver le rêve de son père, un parcours de golf. L'euphorie de cet évènement va gagner toute la ville. Mais il faut sortir l'enfant du pays Junah (Matt Damon) de sa réserve, et lui faire retrouver son swing. C'est alors que Bagger Vance (Will Smith), caddie génial et omniscient, apparaît de nulle part. C'est donc un conte que Redford a choisi de mettre en scène cette fois, avec toute la naïveté et l'innocence que cela comporte. L'histoire est d'ailleurs narrée par un enfant. Plus qu'un film de sport donc, on est au coeur de ce qui anime le cinéaste, de ce qu'il a envie de raconter. Il fixe ce qu'il aime dans un film pour ne pas que ça se volatilise totalement. Il évoque cette histoire avec son souffle lyrique habituel, son grand talent de conteur et cette nostalgie profonde et émouvante qui fondent son oeuvre. Il suggérait déjà cela dans sa carrière d'acteur, on le retrouve dans son oeuvre de réalisateur avec plus de force encore.


Redford le comédien est apparu ces dernières années dans des films comme Spy game de Tony Scott. Dans ce film d'espionnage, il devenait le vieux briscard, au courant de tous les stratagèmes. Il allait mettre sa ruse en oeuvre à la veille de sa retraite pour tirer son poulain Brad Pitt d'une situation désespérée. L'acteur dans sa maturité a acquis cette position de vieux sage. Il n'est plus le jouet de la fortune comme c'était le cas dans Les Trois jours du Condor, dont ce film pourrait être un prolongement lointain. Le fait est que Redford est maintenant riche de cette sagesse, de cette carrière faite de rôles qui lui ont souvent ressemblés. Il a gagné cette épaisseur. Dans un rôle de vieux bourru dans Une vie inachevée de Lasse Hallström, c'est toujours cet homme au coeur de la nature que l'on retrouve.


Lions et agneaux, son dernier film est politique et engagé, une critique intelligente des faucons qui ont conduit l'Amérique à sa situation actuelle en guerroyant sans discernement contre la terreur. On se souvient de l'homme qui a produit Les Hommes du président. Il a prouvé à maintes reprises qu'il était doué d'un grand sens de la nuance quand il abordait un sujet délicat. Il a cette indépendance et cette légitimité qui lui permette de parler et de défendre sans cesse l'Amérique et les valeurs essentielles auxquelles il tient, avec l'inquiétude permanente qu'il a de les voir menacées. L'oeuvre de Redford incarne à elle seule tout un pan de rêve américain, mythique et immuable, un idéal plus solide qu'il n'y parait, nostalgique et souvent désabusé certes, mais également porteur de belles émotions et de quelques grands espoirs.
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