Une page vient de se tourner avec la fin de l’Enterprise, sa carrière a volé en éclat à l’image de son vaisseau et les sacrifices de Spock à David continuent d’alourdir une liste qui semble sans fin. Il ne peut alors pas laisser mourir son équipage sur cette planète moribonde et va jouer ses dernières cartes de façon brillante, titillant une fois de plus son adversaire sur le fait qu’il a tout perdu, que lui est toujours en vie et en forme et qu’il possède le secret tant espéré. La seule condition est de venir le chercher sur Genesis même. Ce qui ne saurait tarder, puisqu’il se téléporte aussitôt devant eux tandis que Spock connaît une ultime crise de Pon’ Farr et atteint son âge d’adulte mature. L’ensemble de l’équipage est sauvé à l’exception de Kirk et Spock qui restent sur la planète. Le film perd alors de sa superbe dans une quinzaine de minutes sans saveur correspondant aux échanges entre les deux ennemis. On commence déjà à tiquer quand le Klingon refuse de téléporter Spock avec les autres sous le principe que Kirk « serait trop content ». On était en droit d’attendre une punchline plus efficace que celle d’un gosse trop gâté qui refuse de faire une faveur à son adversaire. Ensuite, la révélation du non secret de Genesis passe aux oubliettes et les deux hommes finissent par s’empoigner devant un refus commun de céder aux exigences de l’autre. Le corps de David est oublié sur place au profit d’un combat de catch du pauvre sur fond de planète en implosion qui rappelle un peu Namek sur laquelle combattront plus tard Freezer et Sangoku (mais avec ô combien plus de punch sans compter l’avènement en propre du super guerrier légendaire, moment dramatique équivalent en tension à celui de la transformation de Gohan dans le même état dans la salle du temps durant l’entraînement ayant pour objectif de battre Cell, mais c’est une autre histoire). Bien sûr on a droit aux arbres qui brûlent, à la terre qui s’ouvre sous leurs pieds et même à un rocher sentant bon le studio et le carton pâte qui permet au Klingon de s’envoler littéralement pour atterrir sur Kirk. Une faille achève le combat et cédant de prime abord à la pulsion d’essayer de sauver la vie de son ennemi, Kirk finit par le faire tomber dans de la lave en fusion à coups de pieds dans la tête, puis se fait téléporter à bord du vaisseau klingon en imitant le vocabulaire entendu lors du sauvetage de son équipage peu de temps avant. Kahn est mort au moment de la création de Genesis, le capitaine Klingon est mort, précédant son explosion. Sulu et consort ayant pris possession de l’Oiseau de proie, la joyeuse troupe file sur Vulcain, laissant place à un moment plus calme et lui aussi très riche, celui de l’entretien entre un Mccoy conscient et un Spock endormi.

Réutilisant les matte paintings crées pour
The Motion Picture et sa director’s cut de 2001, Vulcain nous est de nouveau présentée via un sympathique panorama vu de l’Oiseau de proie dans des couleurs chaudes et sous un soleil presque couchant. La continuité est établie et le vaisseau Klingon atterrit (car lui le peut au contraire des vaisseaux de la fédération dans leur ensemble jusqu’au Voyager) à proximité du lieu de la cérémonie qui va permettre de re-fusionner l’esprit de Spock avec son corps. Le tout est codifié à l’extrême et se passe dans un silence respectueux après que McCoy ait accepté de risquer sa vie (soulignant avec humour que pour une fois, on lui demandait son avis). C’est un Spock muet qui au final se lève, dans un nouveau costume de cérémonie entièrement blanc, synonyme de vie en opposition avec sa tunique noire mortuaire et qui passe devant ses anciens amis qui ont tout risqué pour lui. Sarek demandera d’ailleurs à Kirk si la résurrection de Spock valait sa carrière, son vaisseau et son fils, ce à quoi il répond qu’il n’aurait plus été le même, voire lui-même, s’il n’avait pas essayé. Le souci, c’est que Spock passe devant ses amis sans un regard, les laissant dans l’expectative la plus complète, car semblant ne se souvenir de rien. Il se retourne alors, découvre son visage et parle à Kirk. Les deux personnages reprennent une fois encore le dernier dialogue de
La Colère de Kahn à une différence près, mais de taille, la phrase culte devenant : le besoin d’un seul peut l’emporter sur le besoin de nombre. Spock prononce alors le nom de Jim et est rejoint par les autres membres de Starfleet. La caméra s’éloigne, la boucle est désormais bouclée et d’autres aventures sont d’ores et déjà annoncées. Notons l’emploi de la musique de la série originale qui se mêle petit à petit à celle du métrage dans un gros instant de joie partagée devant le fait que
Star trek reviendra.
A la recherche de Spock ne possède pas la portée métaphysique de
The Motion Picture ni les allures de Western de
La colère de Kahn. Il reste également privé des nombreux degrés de lecture de son successeur. Et pourtant, il réussit le tour de force d’être un excellent film à défaut d’un métrage majeur de la franchise. Remise en question et dépassement de soi sont au nombre des bonnes surprises du film, sans compter sa qualité première, réussir à boucler l’arc scénaristique entamé avec
Star Trek II. L’homme vieillit, il doit faire des choix face à un avenir forcément plus court que son passé mais l’essentiel est de rester fidèle à soi même et de défendre les causes dans lesquelles on croit. Sur ce message d’espoir,
Star Trek III parvient à dépasser ses aînés avec un budget en SFX pourtant moins apparent mais en prolongeant les dialogues et situations de qualité du précédent opus. Le côté caricatural du capitaine klingon ne tient pas la route face au charismatique Kahn mais permet de mettre en exergue les qualités précitées. Ne reste plus à l’équipage qu’à regagner sa planète mère pour affronter ensemble leur sanction au tribunal militaire pour insubordination et vol caractérisé…. A moins qu’autre chose n’interfère d’ici là…
A venir, l’excellent
Retour sur Terre, ou le rafraîchissement d’une franchise qui a su dépasser les poncifs inhérents à son genre pour recréer une nouvelle mythologie.
Kapla à tous