V’Ger en est arrivé au même stade. Il a exploré l’Univers, a été endommagé puis remis sur pied par un monde mécanique et a ensuite continué à s’accaparer la connaissance avant de revenir s’unir à son créateur pour pouvoir dépasser son programme d’origine.
V’Ger, bien que machine, se pose les mêmes questions que nous nous posons tous à un moment ou à un autre (et qui ont vite fait de devenir exaspérantes lorsqu’on a 18 ans et que l’on commence une terminale L avec la découverte de la philosophie) Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Dans quel but ?
Ce questionnement intérieur renvoie d’ailleurs à la détresse même de Spock qui se fendra des premières et uniques larmes vulcaines de toute l’histoire de
Star Trek (à l’exception de T’Pol et de Sarek, mais ces deux derniers étant malades, on ne peut décemment les compter dans ce nombre), heureux à la fois d’avoir trouvé un frère de solitude mais aussi par la même occasion, d’avoir trouvé les réponses à ses propres questions.
De prime abord, devant la métamorphose d’Ilia, Dekker va refuser tout contact avec elle, soulignant une habitude récurrente dans le personnel de Starfleet, basée sur l’antinomie avec l’ennemi. On citera pour l’exemple Trip et Degra, Worf et les cardassiens, Laforge et les Romuliens… ce qui conduit inexorablement à un dépassement de soi pour accepter l’autre malgré les litiges en cours pour résoudre une situation qui serait restée dans l’état sans cette concession. Cette bonification morale s’appliquera aussi ici puisque Dekker ouvrira le dialogue et finira par effectuer le sacrifice ultime pour le bien de tous, notion qui elle aussi revient souvent dans
Star trek et pas plus tard que dans l’épisode suivant.
Kirk, de son côté va rapidement comprendre que V’Ger se comporte comme un enfant suite à la menace de destruction de la Terre (entretemps, tout ce petit monde est revenu au bercail) et va en user pour réussir à entrer en contact avec la source et non plus avec l’émissaire.
On aborde alors un final onirique (peut-être trop) sans pour autant être moralisateur et la révélation de la véritable nature de V’Ger semble à la fois évidente et parvient pourtant à surprendre. Ne palabrons pas sur le final, pour ne pas gâcher un moment rare et intelligent dans l’Histoire cinématographique de la science fiction, d’autant plus que ce moment intense et quasi magique pourra ainsi être redecouvert d’un œil neuf par tous les nouveaux trekkies qui se laisseront happer par la préquelle prévue pour bientôt.
On retiendra néanmoins de ce premier essai au cinéma qu’il est assez réussi dans l’ensemble, brassant les grands thèmes de
Star trek (humanité, dépassement de soi, acceptation de l’autre...) malgré quelques lourdeurs de conception qui plombent parfois l’ensemble, tant au niveau visuel que scénaristique. 30 minutes en moins aurait été profitable à ce film afin que ce dernier accède au statut de chef d’œuvre de la licence. On relèvera aussi un manque d’humanité et de chaleur flagrant dans le traitement général qui est corrigé sur la dernière demi heure.
Nous en resterons là pour ce
Star Trek : The Motion Picture et vous donnons d’ores et déjà rendez-vous pour la suite de ce dossier pluripartite avec le retour d’un bad guy charismatique au possible et qui va provoquer un phénomène encore peu usité au cinéma : la série TV de grand luxe puisque l’histoire débutera avec Kahn et finira sur des baleines…