Duel(s)La première confrontation entre Kirk et Kahn (qui partagent eux aussi la même initiale d'ailleurs, tous deux pour un nom de quatre lettres ce qui démontre une antinomie sévère, accidentelle a priori, mais réelle) va aussi être épique qu'intensive, l'intellect supérieur de l'un se heurtant à l'expérience de l'autre. Kirk va essuyer le premier tir au prix d'une erreur de débutant, soulignée avant le premier assaut par un officier encore novice. La confiance en soi et en l'autre va conduire l'Enterprise a subir le premier assaut sérieux de son histoire (si l'on excepte les destructions successives encaissées dans la série éponyme par les Xindis, dixit les quelques lignes rédigées il y a peu de temps sur la saison 3), n'hésitant pas à exhiber de belles balafres sur sa coque extérieure. L'Enterprise n'est plus alors le vaisseau invincible que l'on a connu et au même titre que son capitaine qui sort d'on ne sait où ses lunettes en pleines négociations, il montre lui aussi des signes de faiblesse et de fragilité.

On poursuivra sur la réaction de l'équipage. Malgré les explosions, les plus anciens restent à leur poste tandis que les plus jeunes se carapatent dans tous les sens, salle des machines en tête. Mais ce qui est le plus probant, c'est l'apparition jubilatoire de Kahn à Kirk et le fait que celui-ci, dépassé par son orgueil démesuré et le désir de vengeance qui l'habite, passe d'une victoire évidente à une défaite inattendue due à un ennemi blessé et acculé. Et qu'y a-t-il de pire qu'une bête blessée et poussée dans ses retranchements ? Néanmoins, la victoire passagère a un coût énorme. Kirk n'accepte pas le fait qu'il ait remporté la victoire là où il n'y aurait même pas dû y avoir de combat souligné par un accès de rage où il se maudit de ne pas avoir respecté le règlement. De plus, le nouvel Enterprise comptabilise ses premières pertes au cinéma, Ilia et Decker dans
the Motion Picture étant partis de leur propre initiative... ou presque ; mais vivant toujours sous une forme ou une autre.
Ici, l'infirmerie est remplie de blessés graves et de cadavres, y compris celui du neveu de Scotty qui professionnel jusqu'au bout voudra savoir si son sacrifice n'aura pas été vain pour le salut du plus grand nombre, notion qui revient pour la seconde fois après une première allusion entre Kirk et Spock précédemment.
L'avantage est donc à Kirk pour le moment. Mais cela va être de courte durée en attendant un second duel qui va conduire nos deux vaisseaux sur Regula One où l'équipage va trouver une équipe scientifique massacrée par un émule de Predator. En passant, on notera que c'est la première fois qu'un proche d'un des membres principaux d'équipage est touché depuis les débuts de
TOS. Kirk se rend donc sur Regula One où après avoir détaché les différents corps sans vie de l’équipe scientifique, il découvre ce qui pourrait être les données et la torpille Genesis. Avant de se téléporter sur place, il retrouve aussi les deux officiers complètement groggy. Tout ce petit monde regagne donc l’intérieur de la planète et Kahn qui a gardé une emprise sur Chekov et Ferrel parvient encore une fois à tirer avantage de la situation en laissant Kirk livré à lui même enterré vivant tout en s’emparant de Genesis (Scène onirique superbe d’un plan sur une planète morte dominée par les cris de désespoir de Kirk).

Cette scène, qui s’intègre parfaitement à la volonté d’action du film (alors que Kirk et Kahn ne sont jamais physiquement ensemble à l’écran) permet de voir un aperçu de la puissance et du potentiel du projet du Dr Marcus, via la courte séquence de repos devant l’Oasis Genesis. Elle permet aussi de savourer l’expérience d’officier de Kirk, qualité qui manque à Kahn bien qu’il soit supérieurement intelligent, et de profiter de la manipulation dont ce dernier est la victime. La situation commence à changer. Les rapports de force s’inversent progressivement et c’est avec toutes les cartes en main que Kirk va conduire Kahn à sa perte ; ce même Kahn qui aurait pu au mieux partir à la conquête de l’espace avec une puissance quasi divine à portée de main (piste de nouveau explorée avec Christopher Lloyd en Klingon dans l’opus suivant), au pire de créer sa propre planète et y régner en maître. Au lieu de cela, son orgueil le pousse à vouloir une victoire totale, quitte à contrevenir à l’accord tacite passé avec l’amiral en charge de l’Enterprise. Il veut la coque du vaisseau comme trophée de chasse. Ce qui va nous conduire à un véritable festival de la part de Meyer.