Star Trek IV a été une véritable bouffée de fraîcheur et d’oxygène après les dernières tribulations quasi shakespearienne de l’Enterprise. Dépassement de soi, découverte de l’inconnu, la création qui a réussi à évoluer au-delà de sa condition première, de nombreuses morts, de vieux ennemis et même la survie de la planète Terre… Tous ces thèmes ont été abordés de manière fort judicieuse et ce malgré la vision assez différente de trois réalisateurs bien distincts (le vieux briscard, le jeune utopiste et le membre du casting original). Fort du succès conséquent tant public que financier, la Paramount met de suite en chantier un cinquième opus à sa lucrative franchise, un peu comme elle le fit avec les
Vendredi 13, la honte en moins. La honte seulement ? Et bien oui. Car
L’ultime frontière va finir par se croire capable de pouvoir représenter un succès potentiel en se basant uniquement sur son nom et les espoirs suscités par la trilogie qui venait de s’achever. Comme le disait Shatner sur le commentaire audio (en compagnie de
Leonard Nimoy) de
Retour sur Terre,
Star Trek V allait nous permettre d’être une aventure palpitante et grandiose.
Il est vrai qu’au vu des thèmes abordés dans les précédents opus, notre curiosité pouvait légitimement se retourner sur la série classique (
TOS) et recherchait à travers elle le thème du prochain métrage. L’entité inconnue avait été utilisée à deux reprises avec V’Ger et la sonde Cétacé, la menace d’une destruction planétaire voguait également dans ces deux mêmes films (
Motion Picture et
Return Home), le retour d’un nemesis charismatique avait été épuisé avec Kahn , la mort de personnages phares aussi (Spock et le fils de Kirk) et même le voyage dans le temps et les thèmes de la jeunesse et de la vieille avaient été mis en avant. L’évolution logique ne pouvait alors emprunter que deux voies. Soit
Star Trek poursuivait son bonhomme de chemin sur une aventure riche en rebondissements et en humour comme avec
Star Trek IV, soit elle se reprenait et revenait à des considérations plus métaphysiques comme avec
The Motion Picture. La solution va emprunter un peu des deux et c’est un Shatner peu inspiré qui va offrir à nos yeux effarés ni plus ni moins que la quête de Dieu. Car c’est de cela qu’il s’agit dans
Star Trek V,ni plus ni moins et c’est ce qui va conduire le film à s’embourber un peu plus , entrant en totale contradiction avec les premiers pas de l’homme sur la Lune considérant que Dieu était absent et expédiant son sujet avec une telle légèreté qu’on ne peut que frémir devant un tel gâchis. Coup de chance ou regret de la part de la Paramount, elle mettra avec bonheur un dernier film en l’honneur de l’équipage historique, repris par Meyer (heureux papa de
la colère de Kahn) et qui donnera
Terre Inconnue sur lequel nous reviendrons bientôt. En attendant, cap sur Nimbus III et sur l’opus le plus mal aimé du microcosme
Star trek (et à raison, malheureusement) :
L’ultime frontière.
Si l’on fait exception des courts résumés introductifs des épisodes 3 et 4,
Star Trek V propose une petite innovation et s’ouvre pour une fois sur un véritable pré-générique des plus prometteurs. Habituellement, le space opéra s’ouvre toujours d’un plan sur l’espace, qu’il s’agisse de
Star Trek,
Star Wars,
StarGate, Babylon 5 et autre
Odyssey 5. L’infinité de l’espace renvoie bien sûr à un certain esprit d’aventures, terrain sur lequel l’homme va souvent devoir affronter des choses qui le dépassent. Cette fois ci, le film s’ouvre sur un horizon désertique, aride, à l’atmosphère phagocytée par la poussière et se présentant comme le paysage de la planète de la paix galactique, elle-même située en zone neutre. La caméra s’attarde sur un pauvre hère, faisant des trous dans le sol et apercevant au loin un étrange individu à cheval (bah oui, tiens, les chevaux, il y en a dans toute la galaxie, et c’est bien connu, un cheval dans le désert, ça peut survivre des jours sans une goutte d’eau… passons sur les invraisemblances, elles sont tellement nombreuses dans ce film que certains épisodes de la série classique pourraient prétendre à l’oscar). Ni une, ni deux, le malheureux empoigne une espèce de bâton et le fourre de cailloux avant d’en menacer l’étranger qui descend de cheval, parle au pauvre gus quelques minutes et parvient à le soulager de la peine immense qui l’empêchait pleinement de vivre sa vie (il est toujours dans le désert, toujours pauvre, mais il est heureux à présent, et libre !). Passé le caractère incongru de cette situation, surtout en opposition au trois derniers films qui avaient été nécessaires à tous nos protagonistes pour qu’ils puissent s’accomplir complètement en tant qu’individus à part entière, on découvre alors que l’étranger est un Vulcain (au cas où on ne l’aurait pas compris, le pauvre gus, on l’appellera Gus pour gagner du temps, le désigne comme tel avec un sourire édenté frôlant le manque de maturité mentale) et que ce dernier éclate de rire. Le générique débute alors avec le nom de William Shatner en grosses lettres, sur une composition de Jerry Goldsmith qui se contentera ici de recycler son vieux score des opus précédents.