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Sam Shepard, écrire et incarner [page 1]

Par Nicolas Houguet - publié le 08 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 08 octobre 2009 à 11h20 - 0 commentaire(s)
« Il y a des endroits où écrire c'est jouer, où jouer c'est écrire. Je ne suis pas tellement intéressé par les divisions, je suis intéressé par la façon dont les choses se croisent ». Cette phrase résume à elle seule la trajectoire atypique de Sam Shepard.


Il est l'une des dernières figures mythiques de l'Amérique contemporaine. Une émanation des grands espaces, un mode de vie en liberté, on l'imagine volontiers vagabonder à travers les grands paysages, traversant son continent au volant d'une voiture pour trouver un moment de liberté comme il l'a si souvent fait. Il est à l'affiche de the Return, thriller un peu convenu où il incarne le père de Sarah Michelle Gellar, une jeune fille qui a d'étranges visions. Il est cependant bien plus qu'un acteur, il est un grand dramaturge et un grand écrivain qui fut l'auteur de scénarios comme ceux de Zabriskie Point ou de Paris, Texas. Il est une référence majeure. Dans ses écrits, il est proche des écrivains de la beat-generation, comme Kerouac, mais avec quelque chose de Carver pour ses nouvelles qui sont autant d'instants volés souvent autobiographiques, sur les tournages ou en dehors (le très beau recueil Balades au paradis en est un grand témoignage). Il fut lauréat du prix Pullitzer en 1979 pour sa pièce « Buried child ».

Le monde de Shepard est celui d'une exploration autant extérieure (ses personnages sont toujours sur la route, en transit, insaisissables comme le vieil acteur de Don't come knocking de Wim Wenders), saisis pendant une tranche de vie ou une parenthèse (comme c'est le cas dans son oeuvre Motel chronicles, qui inspira Paris, Texas, où le lieu est celui des passagers, des éphémères par excellence), mais il est aussi dominé par une quête existentielle perpétuelle qui répond à ce mouvement constant. C'est particulièrement sensible dans les deux films que Wenders a tiré de son univers, son héros est toujours en perte de repères, dans un monde presque indéfini, comme le paysage qui défile aux fenêtres d'une voiture au milieu du désert.


Il est toujours proche des éléments, sans effet, presque rugueux, concentré sur les non-dits, même lorsqu'il écrit un dialogue, il suggère en permanence. Sa réalité d'auteur est naturelle, loin des artifices qu'il fuit le plus possible, de la sophistication, son refuge il le trouve dans les images fugitives qu'il tire de son enfance (cette nouvelle dans A mi-chemin où on dresse un cheval devenu fou), ses souvenirs, sa vie. Lorsqu'il évoque le cinéma c'est pour en raconter l'incongruité, l'absurde (ces nouvelles successives qui racontent les coulisses de The Voyager où en quelques situations, il décrit un milieu fellinien très étrange, dans lequel il est loin d'évoluer à son aise). Comme Clint Eastwood ou Gary Cooper, il évoque physiquement le héros américain typique. De bien des manières dans son oeuvre d'auteur, il en adopte les symboles et les mythes qui sont pour lui sources d'inspiration. Cet état de voyage permanent rappelle celui des pionniers. Mais ses références et ses fréquentations ne sont pas traditionnelles (la Beat Generation, Bob Dylan, Patti Smith), la fièvre et les tourments de ses personnages, leur malaise souvent à fleur de peau rappelle fort Tenessee Williams. Il a en lui ce raffinement, cette sensibilité particulière au contraire de ce monolithe archétypal et légendaire que fut John Wayne. Et c'est cette fêlure qui fait sa marque et qu'il apporte à ces grands rôles, autant qu'à ses écrits.

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