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Sam Shepard, écrire et incarner [page 4]

Par Nicolas Houguet - publié le 08 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 08 octobre 2009 à 11h23 - 0 commentaire(s)
Dans Coeur de tonnerre de Michael Apted, il est le mentor de la jeune recrue du FBI Val Kilmer, venu enquêter sur un meurtre dans une réserve indienne. Le jeune homme prend conscience de son origine indienne qu'il rejetait jusqu'alors et laisse émerger sa vraie nature, en assimilant les coutumes de son peuple, en ayant les visions de la vie d'un héros, Coeur de tonnerre, dont il semble être la réincarnation ou le descendant. Il prend fait et cause pour les Indiens et s'oppose au personnage de Shepard qui devient un représentant de l'oppression qui pèse sur ce peuple. Il est rare de découvrir le comédien sous les traits d'un salaud et peu à peu, on découvre qu'il est corrompu et qu'il fait partie de ceux qu'il est censé combattre. Il est au départ le vieux briscard qui connaît toutes les ficelles de la réserve. Le glissement vers la vérité de son personnage est progressif, s'opposant graduellement à celui de Kilmer, au fur et à mesure qu'ils s'éloignent l'un de l'autre. Shepard incarne avec son art de la nuance habituel cet homme pour le moins trouble. Il ne le joue jamais comme l'affreux de service à l'ancienne, mais plutôt comme quelqu'un pour qui la corruption est parfaitement normale. La critique sociale n'en est que plus profonde et plus intelligente et attire véritablement l'attention sur la façon dont les Indiens d'Amérique sont traités aujourd'hui. Il ne s'agit plus comme dans Little Big man ou Danse avec les loups de leur reconnaître une légitimité historique désormais largement acquise mais de pointer leurs conditions de vies actuelles, sur des terres infertiles que le gouvernement américain leur a abandonnées. Le personnage de Shepard est l'incarnation de cette étrange duplicité, tout en reconnaissant les crimes du passé, il les perpétue dans le présent.


Enfin, Sam Shepard apparaît parfois dans un film, dans un rôle très secondaire, comme pour compléter une chorale de grands acteurs (dans le beau The Pledge de Sean Penn, dans la version modernisée d'Hamlet de Michael Almereyda et très récemment dans l'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford). Parfois on le recherche pour la caution qu'il peut apporter à un film, même si le rôle n'est pas à la hauteur de son talent (la Chute du faucon Noir, The Return). Il n'est jamais si bon que lorsqu'il incarne ses propres personnages, qu'il a créés, inspirés, composés dans tous les sens du terme. C'est en cela qu'il s'impose comme une figure majeure de la culture américaine de ses trente dernières années. A l'écrit et à l'écran, il est une référence, une sensibilité rare et profonde.
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