1983, Maurice Pialat réalise son seizième film, une dramatique chronique familiale intitulée
A Nos Amours. Jouant avec les nerfs du spectateur et creusant son envie de filmer la réalité jusqu’à sa moelle, il offre le rôle principal à une jeune comédienne âgée de seize ans et encore inconnue du grand public. Elle crève littéralement l’écran par son impertinence, sa jeunesse et sa sa sensualité. Acculée, mise à rude épreuve, elle y interprète Suzanne, une éffrontée malmenée par sa mère, battue par son frère et abandonnée par son père ! En roue libre dans son rôle mais dirigée d’une main de fer par un Maurice Pialat plus exigeant que jamais, Sandrine Bonnaire devient en un film l’une des comédiennes les plus prometteuses de sa génération... Aujourd’hui, à 40 ans, elle réalise son premier long-métrage, un portrait poignant de sa soeur autiste dont l’état s’est gravement dégradé au fil des années. Elle y fait le constat d’un système défaillant et explique l’absence de présence humaine et de vie dans les traitements infligés aux autistes. Une triste mélancolie teintée d’humour et d’amour, une envie profonde de se souvenir des belles choses et récolter par des images d’archives, des instantanés de vie. Sans jamais tomber dans le pathos, en alternant ingénieusement des séquences tournées il y a peu et du Super 8 âgé de plus de vingt ans, Sandrine Bonnaire offre à son film une véritable dimension cinématographique pour rendre le plus bel hommage possible à sa soeur... Après un passage tragique de cinq longues années en hôpital psychiatrique, sa soeur Sabine reprend goût à la vie, même si ses capacités restent altérées, dans un foyer d'accueil en Charente. Entre les amours familiales de Pialat et son amour pour sa soeur, Sandrine Bonnaire s’est construit une belle carrière, à la fois discrète et exemplaire... Portrait d’une comédienne au charme ravageur, au naturel follement charismatique. Le plus beau sourire du cinéma français...

Sortie de son expérience éprouvante d’
A nos amours, la comédienne, âgée tout juste de 17 ans, remporte le César du Meilleur Espoir Féminin et enchaîne les rôles avec une facilité déconcertante. Sous la direction de Marc Angelo, Jacques Renard ou Renaud Victor, elle interprète respectivement une petite frappe auteure d’un meurtre, une résistante durant la seconde guerre mondiale et une jeune femme victime d’un mari trop possessif ! A sa majorité, la comédienne tourne à nouveau pour Maurice Pialat dans
Police mais c’est lorsqu’elle devient Mona Bergeron pour Agnès Varda dans
Sans toit ni loi que l’actrice révèle son gigantesque talent. Peu bavarde, identité perdue au milieu du Midi, le rôle se construit à partir du témoignage de ceux qui l’ont croisé. Malheureusement encore d’actualité, le film fait état d’un triste constat : il y a encore des gens, pauvres, qui meurent de froid en France. Par son esthétisme rude et son sujet unique à l’époque, Agnès Varda tourne une oeuvre politique et engagée, sans concessions, à l’image du début de carrière de Sandrine Bonnaire... Dans ce film, Sandrine se durcit, ne se lave pas les cheveux pour le rôle, joue des scènes dramatiques faisant état d’une véritable force émotionnel. Cumulant les personnages peu empathiques, Bonnaire se construit peu à peu une carrière de comédienne intriguante, jouant sur différents tableaux, peu habituée aux rôles légers !
Sans toit ni loi lui permet d’obtenir le César de la Meilleure Actrice durant une cérémonie où elle exprime son sentiment d’avoir progressé et où elle obtient une première reconnaissance profesionnelle. Une authentique comédienne est née et tend peu à peu à s’imposer définitivement dans le patrimoine cinématographique français.
La fin des années 1980 est marquée par son retour chez Maurice Pialat, décidemment très attaché à la jeune comédienne qu’il a su réveler. Elle tourne dans
Sous le Soleil de Satan, dernière Palme d’or française à Cannes... Une oeuvre malsaine et troublante où la comédienne redevient une adolescente perturbée, victime et bourreau. Le film raconte l’histoire de Mouchette, 16 ans et qui a tué son amant. Tout le monde pense que le défunt s'est suicidé. Mais l'adolescente ressent le besoin de confier son crime à l'abbé Donissan, le vicaire du village. Une relation étrange, malsaine et fallacieuse se noue entre eux. A nouveau un rôle éprouvant, un nouveau tour de force pour une actrice qui du haut de ses 19 ans témoigne d’une expérience et d’une maîtrise impressionnante. Elle tourne pour la première fois sous l’oeil d’André Téchiné dans
Les Innocents en 1987...