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Saw 6 : vers la fin du torture-porn ? [Page 1]

Par PitouWH - publié le 04 novembre 2009 à 17h13 ,
MAJ le 07 novembre 2009 à 21h29 - 0 commentaire(s)
Il y a quelques années, les commerçants essayèrent de démocratiser dans nos frontières la fête d'Halloween à l'image des Etats-Unis, louchant avec avidité sur ce moyen de rentabiliser une période creuse dans leur chiffre d'affaires annuel. Et si quelques petits Français avec des déguisements impies continuent de venir sonner aux portes le soir du 31 octobre, force est de constater que la sauce n'a pas pris. Seule exception : comme au pays de l'oncle Sam, cette période marque à chaque fois l'arrivée d'un nouvel épisode de Saw, la saga que beaucoup considèrent comme emblématique du mouvement "torture-porn". C'est-à-dire un sous-genre du cinéma d'horreur apparu récemment (ou presque), conspué tout autant que célébré par le box-office, et dans lequel l'accent est mis sur une démonstration toujours très crue de la violence. Sensations fortes garanties, et un rendez-vous parfait pour cette fête d'Halloween où l'on s'amuse à se faire peur. Néanmoins, avec entre autres l'arrivée de Saw 6 dans nos salles (ce 4 novembre), nous remarquons que le torture-porn amorce un virage décisif dans sa jeune vie. Et, à l'image d'Halloween en France, il faut désormais se demander si la fête n'est pas finie... Autopsie d'un sous-genre versé dans le scandale. 

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OUVERTURE DU CORPS

Avant toutes choses il est indispensable de rappeler que le torture-porn, appelé aussi parfois avec humour "gorno" (contraction de "gore" et "porno", pour ceux qui ne suivent pas), n'est pas exactement le phénomène récent qu'on veut bien dire. En effet, si le terme et la catégorisation qui s'en suit ne sont apparus qu'au XXIe siècle, le cinéma d'horreur a toujours fait de la violence un de ses terrains de prédilection. Déjà à l'époque du Frankenstein de James Whale, certains membres du public étaient ainsi outrés par le spectacle offert à leurs yeux au point que des coupes furent opérées sur le métrage, raccourcissant par exemple les regards sadiques de l'assistant alors qu'il torture la créature ou encore la scène où cette dernière tue par erreur une petite fille. Et de ce genre d'anecdotes, l'histoire des films d'horreur en est copieusement garnie, sans compter tous ceux qui sont (plus ou moins) passés sous le radar. Les films de la Category III hongkongaise, des productions indépendantes bisseuses,... Mais plus proche de nous et de la thématique qui nous intéresse aujourd'hui, il y eut effectivement dans le cinéma américain une vague qui préfigurait le torture-porn tel que nous le connaissons.

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Comme l'ont fait remarquer nombre d'historiens, les Etats-Unis connurent durant les années 70 une période de troubles assez conséquents, conduisant à la perte de confiance des gens envers les pouvoirs établis. L'innocence tuée, il ne restait donc plus qu'à constater le marasme ambiant et cela s'est très vite répercuté sur le cinéma d'horreur, toujours prompt à refléter les errements de la société. Mais plus que le gore à la HG Lewis, il s'agissait d'exprimer le malaise contemporain en ayant recours à une violence plus brute, plus sale, et c'est alors que des oeuvres comme La Dernière maison sur la gauche ou I spit on your grave ont fait leur apparition. A propos ainsi de son Massacre à la tronçonneuse et de la mention "le film que vous allez voir rapporte des faits réels", Tobe Hooper ne dit-il pas qu'il s'agissait d'une réponse directe aux mensonges du gouvernement, alors emmêlé dans les affaires du Watergate, de la crise pétrolière et de la guerre du Vietnam ? De même, il explique la violence de son film par l'afflux d'images choquantes dans les journaux télévisés de l'époque, des images "de cerveaux éparpillés sur les routes" ayant totalement modifié -pour les réalisateurs de cette génération- leur rapport à elles et à l'être humain. Désillusion, colère, révolte, c'est donc dans ce contexte que le torture-porn a fait ses premières victimes mais, si l'approche voyeuriste de la torture était déjà là, le phénomène était encore loin d'avoir le même impact médiatique que ces dernières années. Pour ça, il faudra attendre que le genre s'affranchisse des relativement confidentielles séances de minuit.


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