Par Stanislas Bernard - publié le 29 janvier 2008 à 03h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h42 - 0 commentaire(s)
Le premier Hellboy parlait de s’accepter complètement pour mieux devenir soi-même…
En effet.

Quel est le thème du second ?
Pour moi, le second perpétue l’idée que la naissance ne détermine pas qui nous sommes, mais que ce sont au contraire nos choix qui nous définissent. Idéalement, toutes ces réflexions nous amèneront à quelque chose de très poignant dans le troisième film. On parle beaucoup de destinée, ou de l’inné qui s’oppose à l’acquis, eh bien moi je voudrais que le troisième Hellboy s’impose comme la preuve définitive qu’on peut être celui ou celle qu’on choisit d’être. Et dans le même ordre d’idée, je crois que nous avons chacun le pouvoir de faire du monde ce que nous voulons qu’il soit.


S’agit-il de thèmes dont vous avez discuté avec Mike Mignola ?
Non, à vrai dire, avec Mike, mis à part les coups de fils, nous nous sommes réunis en tout et pour tout deux fois pour discuter du film. Les deux fois, ça s’est passé dans mon jardin. Nous avons bu beaucoup de limonade, et nous avons discuté jusqu’au petit matin. Et depuis, il a fait des commentaires sur les différentes versions du film, mais c’est tout. Nous avons imaginé l’histoire ensemble, et son avis m’importe beaucoup, mais je ne discute pas de tous mes choix avec lui. Par ailleurs, je pense que pour Mike, comme pour moi, les thèmes d’un scénario relèvent de l’instinct. Si vous lui demandiez d’interpréter tel ou tel élément de l’histoire, il vous répondrait qu’il n’en a aucune idée. Mais vous savez, même moi, quand j’écris, je me lance, tout simplement, sans réfléchir. Ensuite, plus le processus d’écriture évolue, plus je me rends compte du sens que peuvent avoir les différents éléments de l’histoire, et c’est alors que j’essaie d’en faire un puzzle intéressant.

Quelques mots sur ce à quoi s’attendre concernant les créatures de Hellboy 2
Dans le premier film, je trouvais que les créatures avaient une apparence très BD, et j’avais le sentiment que dans celui-là, l’opportunité nous était donnée de pousser leur design un peu plus loin. Je les voulais donc plus folles, plus magiques… C’est donc la direction dans laquelle nous allons.

Est-ce que le succès du Labyrinthe De Pan vous a donné plus de pouvoir au sein des studios hollywoodiens, et est-ce que cela a influencé la production de Hellboy 2 ?
Non, pas du tout. D’abord, je n’ai pas plus de « pouvoir » qu’avant, et d’autre part, Hellboy 2 a reçu le feu vert avant que Le Labyrinthe devienne le succès qu’il est aujourd’hui. Notre but est donc de faire un film gigantesque avec un budget… je ne dirais pas petit, mais disons pas aussi confortable que ça. En tout état de cause, on est loin de l’argent investi dans Pirates Des Caraibes ! (rires) À chaque fois que je fais un film à « gros budget », je prends conscience que je le fais pour un budget équivalent à un tiers de ce qui aurait été nécessaire ! (rires) Pour le premier Hellboy, nous avons eu 66 millions de dollars là où il nous en aurait fallu 115 environ. Je me sens donc un peu limité, mais en contrepartie je suis complètement libre du point de vue créatif. Donc, une fois encore, j’ai mis une partie de mon salaire dans le budget pour pouvoir faire le film que je veux. J’espère juste que le jour viendra où je n’aurai plus à renoncer à mon salaire pour faire mes films ! (rires)


Vous aidez Neil Gaiman à faire son premier film, n’est-ce pas ?
Oui, si Le labyrinthe de pan a changé quoi que ce soit, c’est sans doute de me donner la possibilité de produire les gens que j’apprécie. J’essaie donc de produire des premiers films, c’est-à-dire réalisés par des personnes qui n’ont pas encore fait « leurs preuves », comme on dit. C’est aussi ce que j’ai fait pour L’orphelinat. C’est le premier film de son réalisateur [J.A. Bayona : NdlR], avec un directeur de la photo qui occupait lui aussi pour la première fois ce poste. C’était une première pour tout le monde, et le résultat est étonnant ! Je fais ça aussi pour entrer en résistance contre une certaine forme de bureaucratie qui veut que, en Espagne, ou au Mexique, et certainement dans d’autres pays, on produit surtout des films qui n’intéressent personne ! Mais pourtant, ce sont toujours ces films de merde qui sont produits, au détriment d’œuvres plus osées mais qui ne voient pas le jour parce qu’elles sortent des sentiers battus. J’espère donc, à mon échelle, pouvoir faire un peu évoluer cela.

Neil Gaiman est-il venu sur le plateau ?
Oui, il est venu quelques fois, pour voir un peu comment les choses se passent. Il m’a posé beaucoup, BEAUCOUP de questions. (rires) Mais c’est pour la bonne cause, parce que je crois qu’il connaît l’univers de Death mieux que personne !

Propos recueillis par Cédric Jouarie
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