Après avoir divisé les 275 000 spectateurs de
Steak, comédie loufoque et absurde menée tambour battant par le réalisateur Quentin Dupieux, et étonné les cinéphiles avec un film beaucoup plus travaillé que leurs anciennes erreurs de parcours, le duo Eric & Ramzy a décidé de passer derrière la caméra pour
Seuls Two, projet ô combien intéressant et tout aussi étrange que leur dernier film. Soutenus cette fois par
les Productions du Trésor et le producteur Alain Attal, ils ont en tête de faire une comédie aussi soignée dans le fond que dans la forme. A la vue des premières rushes que nous avons pu observer en exclusivité, le film s'annonce absolument dantesque.
Seuls Two, c'est l'histoire d'un policier et d'un fuyard qui, en pleine poursuite dans les rues de Paris, se retrouvent totalement seuls. Plus aucun passant, plus de vendeurs, plus de restaurateurs, rien. Ensemble bien malgré eux dans un Paris totalement vide, ils vont s'épauler pour survivre sans personne. Un pitch improbable et un scénario très détaillé, co-écrit par les humoristes eux-même et deux autres scénaristes (dont le génial Philippe Lefevbre, co-auteur des films de Guillaume Canet). Pour l'anecdote, sachez qu'ils ne connaissaient pas du tout I am a legend (avec Will Smith) et
Nothing (Vincenzo Natali) qui ont pourtant des pitchs presque similaires.
A moins de 2 semaines du début du tournage principal et au milieu d'une pré-production très chargée (essais costumes, derniers acteurs castés, décors à trouver), le duo a accepté de nous recevoir sans gêne. Même s'il est très dur de garder son sérieux durant un entretien avec les deux comiques, ils ont accepté de répondre plus ou moins en détail sur nos quelques questions sur l'accueil de
Steak en France et la préparation de ce premier long-métrage. Une rencontre au sommet...
Vous vous êtes encore une fois beaucoup impliqués dans la promotion du film, notamment à travers un débat sur Allociné ou plusieurs émissions TV. Comment avez-vous appréhendez l'accueil du public ?Eric: Nous ne l'avons pas appréhendé du tout car nous n'attendions rien des entrées salles du film. Nous avons fait ce film intialement pour notre intégrité artistique. Il fallait que l'on se retrouve tous les deux: nous nous étions fait violé avant et il fallait que nous refassions l'amour
(Rires). C'est là que nous avons rencontré un type trop beau, Quentin Dupieux, qui nous a proposé le film. Nous avons vraiment tourné sans ambitions commerciales, avec un budget peu élevé, en ayant pour seul objectif d'être fier de notre travail. Il fallait que nous soyons fier de montrer ce film, au lieu de baisser la tête dans la rue pendant 15 jours
(Rires). [...] Là, si on me dit dans la rue "Steak c'est de la merde", je m'en fous car je sais que le film est génial et que je l'adore. Alors que si on nous disait "Les Dalton c'est de la merde", nous ne savions pas quoi répondre..."Il y a des paysages marrants quand même ? Vous n'aimez pas les jaunes ? Ils saturent, non ? On a bien travaillé les couleurs"
(Rires).
Il y a aussi un syndrome "Steak": soit le spectateur déteste, soit il adore et adhère totalement à l'univers.Ramzy: Je crois que tous nos films ou spectacles ont été reçus comme ça précédemment.
E: Je pense que c'est la marque même de la création. Quand tu crées quelque chose, tu ne peux laisser personne neutre, au milieu, sans avis. Quelque chose de nouveau comme
Steak ne peut laisser indifférent. Soit le spectateur adhère à l'univers et se dit "Tiens c'est nouveau, ça ne ressemble à rien de déjà connu, c'est un bel essai", soit il se dit "C'est n'importe quoi, je voulais voir Christian Clavier"
(Rires).