Par David A. - publié le 06 février 2008 à 20h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 12h52 - 0 commentaire(s)
Nom mythique qui résonne dans les oreilles des cinéphiles qui arpentèrent les salles de quartier projetant les films de genre en double programme entre les années soixante-dix et les années quatre-vingt, le label Shaw Brothers est réapparut récemment sur le devant de la scène. Il y a quelques années en effet, le mouvement musical Wu Tang Clan, collectif d'artistes interprètes américains, inonde leurs chansons de références, obscures aux profanes, centrées sur l'enseignement du temple Shaolin, références très éloignées de l'univers auquel les fanatiques du rap sont habitués. Peu après ce sont des références plus explicites qui éclatent, Tigre et dragon d'Ang Lee sort dans les salles du monde entier en 2000, suivit de Kill Bill de Quentin Tarantino en 2003. Si le premier film permet aux spectateurs non familiers des films asiatiques de découvrir un nouveau monde qu'ils ne connaissaient absolument pas auparavant, le monde du wu xia pian c'est-à-dire le film de sabre chinois, le second film citera plus précisément ses origines, celui d'un studio appelé la Shaw Brothers.



Run Run Shaw


L'empire Shaw Brothers

A l'origine du studio aux deux lettres dorées se trouve une fratrie, les frères Shaw. L'aîné, Runje Shaw (de son vrai nom Shao Renjie) naît en 1896. Après avoir entamé une carrière d'avocat dans les années dix, il loue un cinéma dans la concession française dans les années vingt pour y organiser des séances cinématographiques et des spectacles populaires. Second des huit frères Shaw, Runde Shaw naît en 1898 puis vient le tour de Runme Shaw en 1901. Enfin, Run Run Shaw (Shao Renleng), le sixième, voit le jour en 1907. En 1925 à Shanghai, Runme, Runje et Run Run Shaw créent l'entreprise cinématographique Unique Film Productions (Tian Yi Film Co.) afin de produire et distribuer des films muets dans la région puis, très vite, dans tous le Sud-Est asiatique, en particulier en Malaisie et à Singapour. Si Runje l'aîné en est le gérant et le directeur, Runde, le second, en est le comptable et le scénariste. Runme, le troisième, se charge de la distribution locale et Run Run, le plus jeune, se lance dans la distribution à l'étranger. La compagnie produit et distribue des films centrés sur la moralité traditionnelle chinoise puis sur des adaptations de la littérature classique et des contes folkloriques.

En 1930, Run Run et Runme Shaw fondent la Shaw Brothers Ltd. et achètent, en hommes d'affaires avisés, des parcs d'attractions et des cinémas pour faire de leur entreprise une des principales sociétés de divertissement du Sud-Est asiatique. En janvier 1932, l'attaque de Shanghai par les japonais pousse Runje Shaw à rapatrier l'essentiel de la société Unique Films à Hong-Kong. En 1933, elle réalise le premier film parlant chinois Platinium Dragon avec le chanteur d'opéra cantonais Sit Kok-sin. Face à la concurrence, Runje laisse les rênes de l'entreprise aux mains de Runde en 1938 avant de repartir vivre à Shanghai. Dans les années trente, la Shaw Brothers Ltd. se porte très bien mais Runme doit travailler pour les Japonais pendant la période de l'occupation. L'entreprise renaît dès la fin de la guerre et développe tout un circuit de distribution cinématographique dans la région. Rebaptisée Nanyang Film Company en 1937, la Unique produit et réalise des films qui sortent à la fois sur les marchés locaux de Hong_Kong et Shanghai mais aussi dans tous les pays du Sud-Est de l'Asie grâce au réseau développé par Run Run et Runme Shaw avec Shaw Brothers Ltd.



La seconde guerre mondiale va empêcher les deux entreprises de fonctionner, Runde shaw doit attendre 1945 pour reprendre ses activités. La Nanyang Film change une nouvelle fois de nom en 1950 pour celui de Shaw and Sons Ltd. Runde se désintéresse peu à peu de la production cinématographique et se concentre sur l'achat de salles de cinéma et sur l'immobilier. En 1957 son frère Run Run lui achète à Hong Kong, à Clearwater Bay au nord de Kowloon, un site vierge de toute construction. L'année suivante, les Studio de la Shaw Brothers sont enfin en mesure d'accueillir les premières productions bien que que les infrastructures ne seront terminées qu'en 1964. A l'époque, la Shaw Brothers est le plus grand studio indépendant du monde. En plus de plusieurs plateaux de tournage à disposition, c'est une véritable ville qui se développe avec les bâtiments administratifs, les salles de montage, les laboratoires, les salles d'enregistrement et de doublage et surtout les dortoirs réservés au personnel technique et aux acteurs. A la fin des années soixante, le studio compte près de douze plateaux intérieurs et de seize plateaux extérieurs avec décors de palais, jardins et rues reconstitués.

Tout au long des années soixante la production s'intensifie, passant d'une dizaine de films les premières années jusqu'à vingt-six films réalisés en 1965 et quarante films en 1966. La stricte séparation des tâches, l'organisation en équipes bien déterminées et le matériel mis à la disposition des différents départements de production (modèle de rationalisation bien entendu hérité des grands studios américains) change complètement la façon de faire des films à Hong Kong. Les films à petit budget laissent place aux films ambitieux, encadrés, et pensés pour la distribution asiatique. Tous les films sont post-synchronisés et doublés sur le site, notamment pour satisfaire un plus large public parlant de nombreuses langues et dialectes différents, mais aussi pour réduire les temps de tournage au maximum, la contrainte de l'enregistrement du son en direct étant tout simplement supprimée.


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