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Sherlock Holmes : un détective élémentaire (les débuts)

Par Laurène GUILLAUME - publié le 28 janvier 2010 à 17h03
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Sherlock Holmes a traversé les âges sans perdre de son charisme. Cette figure emblématique fait partie du patrimoine littéraire, cinématographique et télévisuel. Plus d'un siècle après sa première apparition, son nom est devenu légendaire. Retour sur l'évolution et l'influence de ce personnage attachant, brillant, excentrique mais aussi complexe.
3 Février 2010. La date est à retenir. Sherlock Holmes fait son retour sur grand écran avec Robert Downey Jr dans le rôle titre, le tout sous la direction de Guy Ritchie. Alors qu'une nouvelle génération va découvrir ce détective aux méthodes peu orthodoxes, le personnage est loin d'être un nouveau-né. Il a plus d'un siècle d'aventures ! La faute à un certain Sir Arthur Conan Doyle.
 
Et Sherlock Holmes fut
Au commencement, Sir Arthur Conan Doyle veut écrire. Il veut mettre en scène un détective et s'inspire non seulement du docteur et professeur en chirurgie Joseph Bell, médecin dont les déductions étonnantes quant aux patients et à leurs maladies impressionnaient le futur écrivain, mais également du chevalier Dupin créé en 1841 par Edgar Allan Poe dans son fameux Double assassinat dans la rue Morgue, lequel opérait par la simple logique de la déduction. Initialement prévu pour s'appeler le détective Sherrinford Holmes, l'écrivain lui préférera Sherlock... Les lecteurs découvrent alors dans le premier roman, Une étude en rouge en 1887, quelque chose d'encore inédit : un détective privé doté d'une mémoire infaillible pour tout ce qui peut l'aider à résoudre des crimes en général. Une aventure qui ne sera finalement que le prémice d'une longue lignée. Ce qui retient les premiers fans c'est la manière de résoudre les mystères par un processus en trois étapes : l'observation des indices, l'induction et la synthèse logique. A noter que lors de ses enquêtes, Holmes est souvent accompagné de son acolyte : le docteur Watson. Le détective va voir ses aventures se multiplier au cours des années, totalisant 4 romans et 58 nouvelles jusqu'en 1927, développant au fur et à mesure un véritable mythe qui aujourd'hui n'a rien perdu de sa popularité.

 

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Le mythe est en marche
Rapidement adopté par le public, Sherlock Holmes devient très vite un emblème. Les histoires sont non seulement intéressantes, mais envoûtantes, et le lecteur ne peut que s'incliner devant de telles aventures. Le succès est une surprise. Ce qui plaît : un personnage atypique, loin des stéréotypes de l'époque (à noter qu'un siècle plus tard la formule fonctionne encore, à l'image de Dr House ou de ces héros que l'on adore détester). "Grand, mince, 1m80, ses yeux étaient vifs et perçants, son nez aquilin et fin donnait à sa physionomie un air attentif et décidé, la forme carrée et proéminente de son menton indiquait aussi l'homme volontaire, élégant mais négligent," ainsi Conan Doyle décrit-il son héros. Rajoutons que Sherlock Holmes est un fumeur invétéré (de cigarettes, cigares et pipes), un sportif accompli (boxe et escrime), un mélomane pratiquant à ses heures perdues du violon et un petit mangeur. Il ne supporte pas l'oisiveté, qui l'épuise, et ne vit que pour son travail ; profitant de son temps libre pour lire les encyclopédies. Egoïste, Holmes ne supporte pas la lenteur chez autrui et n'hésite pas à bafouer la loi lorsqu'elle lui paraît incompatible avec la justice. Autre caractéristique : c'est un champion de la mémoire, visuelle autant qu'olfactive et s'intéressant aux moindres détails.
Le mythe du personnage est en marche. Si son caractère est bien cerné par le public, il n'en reste pas moins que cet emblème s'accompagne d'un certain nombre d'accessoires qui lui sont propres : la casquette à double visière, la pipe en forme de S, la courte cape, la canne et la loupe. Par ailleurs, Holmes fait partie de ce cercle fermé des personnages fictifs dont tout le monde connaît l'adresse : 221B Baker Street à Londres. Une adresse sûrement plus célèbre que celle du Premier Ministre britannique. Et même s'il s'adonne à la drogue, c'est avec classe puisqu'il ne s'y livre pas aveuglément mais seulement de façon très calculée et dans un but précis. Enfin, comment ne pas oublier ce charme britannique qu'il dégage, sans lequel Holmes n'aurait pas son sens de l'honneur, sa noblesse ou encore sa distinction.

Basil Rathbone, Jeremy Brett et les autres

Succès immédiat, c'est en toute logique que Sherlock Holmes fait ses premiers pas au cinéma. Le septième art et le détective vont commencer une longue collaboration qui va s'épuiser après la seconde guerre mondiale. Au niveau des statistiques, on ne compte pas moins de 150 aventures filmées, dont 100 pour la période muette, la majorité étant des courts et moyens-métrages, une trentaine de films entre 1929 à 1946, mais seulement une vingtaine depuis 1947. Depuis, les aventures holmésiennes n'ont pas totalement disparu mais sont devenues plus rares. La télé a pris le relais. Mais c'est aussi l'émergence de nouveaux héros, à l'image de James Bond dans les années 60, qui a stigmatisé les aventures du détective anglais.
A l'écran, durant ses premières années, Sherlock Holmes a plusieurs visages. D'abord, il y a eu ce qu'on appelle des "séries" et des œuvres isolées. La plus importante est celle produite en Grande-Bretagne de 1921 à 1923 où Elie Norwood fut Holmes dans 47 films parmi lesquels 2 longs-métrages, les 45 autres ne dépassant pas la demi-heure de projection. La deuxième série concerne évidemment les 14 films interprétés par Basil Rathbone : LE Sherlock Holmes dans toute sa splendeur. Il s'est notamment fait remarquer avec Le Chien des Baskerville (1939) dont la réalisation a été confiée à Sydney Lanfield. Lors de l'apparition de Sherlock Holmes, les critiques de l'époque saluèrent unanimement la prestation de Rathbone. Il était devenu Sherlock Holmes comme nul ne le fut avant. Non seulement par  la ressemblance physique, mais on retrouvait sur le visage de Rathbone toutes les caractéristiques de Holmes à savoir le calme, l'intelligence, la ruse et la détermination. Le septième art avait enfin trouvé le détective qu'il recherchait depuis longtemps. Son partenaire était également aussi parfait en Watson. Si Rathbone correspondait trait pour trait à Holmes vu par Conan Doyle, Nigel Bruce s'écartait du Watson littéraire tout en gardant la complicité entre les deux compères.

 

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Evidemment, mis à part ces deux noms, d'autres ont participé d'une manière ou d'une autre à la popularisation de Sherlock Holmes : Viggo Larsen, George Tréville, Clive Brook, Arthur Wonter (qui a a effectué 5 films en Grande-Bretagne de 1931 à 1937 et qui était le meilleur interprète de Holmes jusqu'à la venue de Rathbone), Jeremy Brett. Les plus célèbres à l'époque muette furent William Gillette et John Barrymore. Il y a eu aussi Harry Benham et Francis Ford (frère de John Ford). Sans compter Carlyle Blackwell qui se donnera le plaisir de l'interpréter lors des derniers épisodes muets.
Au niveau du film parlant, beaucoup de Holmes ont été éphémères : Raymond Massey, Reginald Owen, Peter Cushing, Christopher Lee, John Neville (dans l'excellent A Study in Terror de James Hill -1965- où Holmes affrontait Jack l'éventreur), Robert Stephens, Nicol Williamson, Christopher Plummer. En 1982, Ian Richardson est à son tour devenu Holmes. D'autres encore ont pris les traits de Sherlock Holmes dans des téléfilms (Ronald Howard, Stewart Granger ou encore Roger Moore).


Le succès inattendu du Chien des Baskerville a permis à Sherlock Holmes de prendre place dans le panthéon des personnages les plus appréciés. Cet engouement pour le détective anglais aura forcément des conséquences au niveau des dérivés  (la télévision, la radio) et va même influencer certaines séries contemporaines (Dr House).


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