L’année 2008 sera-t-elle synonyme de consécration internationale, pour le cinéma fantastique espagnol ? Il y a de grandes chances, quand on voit la qualité des œuvres du genre parvenant sur nos écrans ces temps-ci. Alors que L’Orphelinat rencontre un beau succès d’estime en salles, et que
REC se prépare à les envahir, voici que la péninsule ibérique nous envoie un nouvel électrochoc de qualité,
Shiver (
Eskalofrio en version originale). Une petite perle d’angoisse primale, présentée en compétition au BIFFF de Bruxelles, qui contient son lot de scènes déjà cultes.
SHIVERUn film d’Isidro Ortiz
Avec JunioValverde, Mar Sodupe, Roberto Enriquez, Francese Orella, Paul Berrondo
Durée : 1h37
Date de sortie : non communiquéeLe jeune Santi est victime d’une maladie rare et dangereuse : il est photophobique, et à ce titre, ne peut supporter une exposition prolongée à la lumière. Isolé du reste du monde, il finit par quitter la ville avec sa mère pour aller vivre au nord de l’Espagne, dans un petit village catalan où les montagnes masquent au mieux la lumière du jour. L’arrivée de la petite famille coïncide avec une série de meurtres perpétrés au cœur des bois environnants. Principal suspect, Santi est pourtant lui aussi menacé par ce qui rôde dans ces forêts obscures…Le nom d’Isidro Ortiz sonne peut-être de manière familière pour les amateurs de cinéma de genre. Même s’il s’est fait discret ces derniers temps, ce metteur en scène autodidacte avait marqué les esprits en 2002 avec
Fausto 5.0, un film fantastique étrange et original, monté avec l’aide d’une troupe de théâtre catalane avant-gardiste, la Furia del Baus. Inattendu et vraiment réussi, le film avait alors remporté le Grand Prix du festival de Gérardmer. Disparu des radars depuis lors, Ortiz a su se faire attendre avant de frapper à nouveau un grand coup, avec ce
Shiver pas avare en frissons nocturnes.
Le cinéaste explique avoir souhaité travailler sur les notions de peur, et la représentation du mal et du bien à l’écran. Un film où les monstres ne seraient pas ceux que l’on croie, et où les ténèbres seraient finalement plus sûres que la lumière du jour.
Shiver, classique dans son déroulement, tire de fait sa richesse de son script étonnamment varié et profond : aux yeux de ses camarades, de la police et également des habitants du village où il s’est installé, le jeune homme, toujours caché derrière ses lunettes noires et son polo à capuche, passe pour un vampire moderne. Un monstre, que sans connaître, on estime capable du pire. Santi est pourtant un gamin comme les autres, fan de jeux vidéo et de MSN, qui une fois en face d’un « véritable » monstre, lui aussi plein de surprises, se révèlera être véritablement effrayé, perdu, sans repères, à part le soutien de sa mère, et la bienveillance de sa nouvelle petite amie, Angela.
Shiver offre ainsi son lot de séquences sous tension, où l’indicible rôde dans la forêt (l’occasion d’hommages inattendus, et peut-être inconscients, au
Predator de John McTiernan), ou dans la maison de Santi, retranché dans sa chambre. Sa peur est d’autant mieux communiquée qu’elle est universelle : qui n’a pas rêvé en suant du front que la porte de sa chambre s’ouvrait la nuit et qu’un monstre en sortait ? Pas de gimmick bas du front style
Boogeyman, ici, pourtant. Il serait criminel de révéler le mystère que renferme ces bois, mais on peut affirmer après vision qu’Ortiz, comme ses compatriotes, a bétonné son script avant de s’atteler à sa mise en images. Et s’il ne s’interdit pas quelques effets de style chocs et éprouvés (comme le copain du héros qui fait irruption dans le champ au moment où on s’attendait à voir le « monstre »), il se met avant tout au service de son histoire, d’une implacable logique. Collant aux basques de son héros forcément un peu noctambule, Ortiz multiplie les alternances entre scènes diurnes de moins en moins rassurantes, et scènes nocturnes où les effets chocs, mais aussi les révélations, s’accumulent. Jusqu’à inverser en fin de parcours les données, pour faire basculer l’horreur, de plus en plus réaliste, au grand jour. Le processus est fascinant, et de plus, toujours justifié.
Ainsi, bien que fermement ancré dans une tradition de thriller d’épouvante avec mystère à déchiffrer,
Shiver, tout comme L’Orphelinat et
REC (qui eux aussi suivent des schémas narratifs éprouvés), transcende le genre pour offrir de multiples niveaux de lecture, allant du divertissement avec sueurs froides garanties, à l’étude de cas sur la notion d’apparence dans un monde toujours plus cartésien. Une réussite intégrale, donc, seulement ternie par un dernier plan entendu et un peu trop poussif au vu de ce qui précède.