Par Nicolas Houguet - publié le 08 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 08 octobre 2009 à 15h05 - 0 commentaire(s)
Refuges de l'innocence
Spielberg a pourtant longtemps été considéré comme celui qui permettait retrouver son innocence le temps d'un film. Il nous a émerveillés, transportés, émus. Il a présenté le nouvel Indiana Jones comme un gage de reconnaissance à son public. Il allait de nouveau conter l'une de ces histoires extraordinaires qui ont fait sa gloire.


Sugarland express
Sugarland express est un film assez inattendu de la part de Spielberg et pourtant marqué de son sceau. Il était inspiré d'un fait divers réel. Une jeune femme immature (Goldie Hawn) veut faire évader son mari de prison (alors qu'il est sur le point d'en sortir), pour aller récupérer leur enfant placé dans une famille d'accueil. Pour y parvenir, ils prennent un flic en otage et embarquent dans une folle odyssée, avec une horde de voitures de police à leurs trousses. La naïveté des héros est extrêmement touchante car ils courent à leur perte mais, dans l'intervalle, on partage leur innocence et leur naïveté. On ne les juge pas.


Le regard sur la société américaine est par contre assez féroce et le phénomène qui se crée autour d'eux extrêmement révélateur. Ils sont les héros du jour, des citoyens lambdas sont interviewés pour commenter leur cavale. Ils atteignent à la gloire parce qu'ils sont des hors là loi. On retrouve ce phénomène dans Tueurs-nés d'Oliver Stone. La société est ivre de notoriété, peu importe comment elle est acquise. L'oeuvre atteint alors une portée presque sociologique. Mais jamais Spielberg ne s'écarte de l'empathie profonde qu'il éprouve pour ce couple de paumés. Il aime à mettre en scène des marginaux ou des allumés et inviter à les comprendre, à s'attacher à eux, à s'émouvoir de leur sort. C'est une constante. A côté de la mise en scène spectaculaire des poursuites en voiture, il y a le souci permanent de mettre en avant cette dimension humaine. C'était son premier film pour le cinéma à proprement parler (Duel était réalisé pour la télévision). Il est encore assez méconnu. Pourtant, dès 1974, tout Spielberg est là, son point de vue à la fois tendre pour ses personnages et sa vision du monde presque critique.

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