Après l’excellent
Nobody Knows, Hirokazu Kore-Eda revient avec l’impressionnant et très réussi
Still Walking. Fort de cette réalisation et dans l’attente de pouvoir nous montrer
Air Doll, son prochain film, le cinéaste japonais nous a reçu pour un passionnant entretien. Un moment de choix.
Pourquoi Still Walking aborde-t-il à nouveau les thèmes de l’absence et de la perte ?Still Walking est lié tout d’abord à un fait immédiat et proche de moi : la mort de ma mère. Cette absence m’a intéressé et de là m’est venue l’idée de questionner ce vide qui m’était propre par le biais d’un film.
La prise de distance a-t-elle été aisée ? Le poids du deuil n’a-t-il pas été trop lourd à vivre ? Justement, j’étais en plein dans cette souffrance. J’en faisais la pleine expérience et je savais que pour mieux l’appréhender, il me fallait créer la distance et faire rire de moi. Tourner fut donc une façon de traiter de ce sujet douloureux avec distance tout en y mettant de l’humour.
Dans ce film très personnel, y-a-t-il des personnages dans lesquels vous vous retrouvez ?Tout d’abord, il y a un personnage évident et principal auquel je m’associe, Ryota, le fils cadet qui retourne à la maison en ne pensant qu’à lui et nullement aux problèmes des autres. C’était véritablement moi. Mais le fils de la veuve, Atsushi, me ressemble aussi. C’est un jeune garçon qui n’a pas de regard enfantin sur la vie, sa vision du monde est plus froide et distanciée, tout comme j’ai pu l’être plus jeune.
En termes de mise en scène maintenant, votre rapport à la lumière est très sculptural. Cette dernière est toujours extrêmement travaillée et signifiante comme dans Nobody Knows. Comment l’avez-vous pensée et quelles consignes avez-vous donné à votre directeur de la photographie ? Dans
Nobody Knows, la situation était différente. Nous étions dans un appartement en lumière naturelle alors que Still Waking est un ensemble de décors, un set réalisé en studio. Mais j’ai bien insisté auprès de mon éclairagiste pour qu’il fasse ressortir les parties sombres des pièces, qu’il n’éclaire pas tout. Pour donner l’impression de la lumière naturelle. La différence est donc qu’il a fallu pour Still Walikng recréer complètement l’impression procurée par la lumière naturelle en studios et donc l’étudier de la plus précise des manières pour la restituer au mieux. Ce fut très compliqué. J’y tenais beaucoup, notamment pour donner – comme vous dites - cet effet sculptural à la lumière du film.