Le premier affrontement entre Sweeney Todd et le juge Turpin s’articule autour d’un
Pretty Women au suspens réjouissant, avec des va et viens incessants, mêlant les notes cristallines et la harpe d’un ennemi juré qui ne se doute de rien et la flûte de son futur bourreau qui rentre dans son jeu (et sifflote même…), avant que le passé ne les rattrape tous les deux et les lie dans le meurtre. Ca ne sera pas pour cette fois. Les réminiscences de la femme aimée et enlevée résonnent cependant comme un avertissement avec lendemain aux oreilles bientôt taillées de l’ignoble juge. Le thème se termine au bout d’un climax musical haletant qui aura peu de temps après sa résolution finale.
Par la suite, les cordes deviennent folles (
Epiphany) et cette instabilité psychique envahit toute la ville (Now We All Deserve To Die/Maintenant Nous méritons tous de mourir). Si vous ne l’aviez pas compris, Sweeney Todd a atteint le point de non retour (l’a t-il vraiment quitté ?). Pas d’échappatoire. Sinon dans la vision d’une gorge lacérée. Même
A Little Priest ne suffit pas à stopper la tragédie en marche. C’est seulement le mirage de deux cœurs qui ne peuvent s’unir que dans un vice mortel, une illusion d’amour dans un monde pourrit par l’égoïsme (
By The Sea). Chaque personnage à son propre thème et chacun tente de le crier plus fort que les autres. Ultime chant d’espoir (Nothing Can Harm You/Not While I’m Around),
Not While I’m Around sombre lui aussi dans les affres d’une flûte qui se meure.
The Final Scene (10mn21) est un condensé du talent de Stephen Sondheim: allier des mélodies aux gueules cassées à un sens tragi-comique de l'orchestration. C'est le dernier tour de piste, un morceau crépusculaire qui temporise avant d'imploser avec l'appui de cuivres destructeurs. A la fin, tout se morfond dans une lente agonie. Dans
Sweeney Todd, il n’a jamais été question de rédemption.