Difficile de cerner le personnage de Takeshi Kitano tant ses activités et ses talents sont multiples. Homme de scène avant tout avec son numéro de manzaï accompagné de son compère pour le duo les « Two Beats », il est ensuite homme de télévision, animant près de sept émissions hebdomadaires de façon presque continue. En Occident on le découvre enfin acteur puis très vite le syndrome de la réalisation le démangera. Comme nul n’est prophète en son pays, c’est en Europe, et plus précisément en France, que l’auteur Kitano sera reconnu. Mais là encore nous sommes très loin de cerner le personnage car au Japon le bonhomme est aussi peintre, romancier, poète, etc. Bien entendu, sans vouloir être exhaustif, c’est avant tout l’homme de cinéma qui nous intéresse ici, celui qui a débuté comme simple figurant pour terminer en véritable icône d’un cinéma japonais renaissant dans les années quatre-vingt dix.
Kitano, le visage d’un acteurSa carrière d’acteur au cinéma commence au début des années quatre-vingt dans l’adaptation d’une bande-dessinée
Makoto-chan puis dans un film d’action,
Danpu wataridori (Ikuo Sekimoto, 1981) où Kitano incarne le rôle figurant de policier. La même année il joue dans
Manon, une adaptation du livre de l’Abbé Prévost « L’histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut ». Ces premiers films sont comme un galop d’essai et c’est en 1983 que les choses vont s’accélérer avec le film de Nagisa Oshima
Furyo (Merry christmas Mr. Lawrence en version originale). Kitano y incarne le sadique sergent Hara, l’officier japonais le plus proche de l’officier britannique Lawrence (Tom Conti). Un être rustre et mal dégrossi qui tente de se persuader d’être un vrai soldat dans la tradition du bushido mais qui en même temps est fasciné, sans vouloir se l’avouer, par le flegme britannique.
Un rôle à contre-emploi pour les Japonais habitués à voir l’acteur faire le pitre à la télévision mais véritable performance aux yeux des Occidentaux,
Furyo marque une collaboration fructueuse entre Kitano et Oshima, collaboration qui se répètera en 1999 avec
Tabou (Gohatto) traitant de l’homosexualité refoulée dans une garnison de samouraïs au XIXème siècle. Incarnant le capitaine Toshizo Hijikata, il est le seul à se méfier véritablement du pouvoir de séduction du nouveau venu dans la milice. Maître dans l’art du sabre, il est d’une exigence sans reproche, exigence mise à mal par l’attitude perturbatrice du jeune samouraï efféminé. Le visage plus sombre et plus marqué, c’est l’un des rares rôles de samouraï que Kitano ait porté avec celui de la série télévisée
Musashi (l’une des meilleures adaptations du best-seller de Eiji Yoshikawa dit-on) en 2003, série malheureusement inédite dans nos contrées.