Par Eric Vernay - publié le 11 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 11 octobre 2009 à 23h48 - 0 commentaire(s)
Le teen movie, est un genre encore jeune et ingrat, comme l’âge qu’il est censé décrire. Si l’on excepte quelques films (James Dean dans les fifties avec La fureur de vivre, Grease dans les seventies) le teen movie explose vraiment dans les années 80 avec Breakfast Club (mètre étalon du genre), et La Boum en France. Depuis, il y a eu des gros succès, comme le carton American Pie à la fin des années 90, devenu franchise du film de campus. Genre jeune donc, et ingrat : pour un Virgin Suicides, combien de romances censées saisir le spleen ado, mais se vautrant dans la guimauve ? Pour un SuperGrave ou Les beaux gosses, combien de nanars mal écrits dopés au racolage trash ? Comme le western ou le polar, le teen movie est devenu un genre en soi, en majorité américain, avec ses codes et personnages récurrents (nerds, jocks et pompom girls), ses sous-genres (teen comedy, teen romance, teen romance avec des vampires, etc.). Mais s’il peut s’adresser à un public jeune, le teen movie ne doit pas pour autant se traduire par (et se réduire à) un « film pour adolescent », ou film régressif. Parlons plutôt de « film sur l’adolescence ». C’est en tout cas la définition que nous avons retenu pour élaborer cette sélection de 10 perles du genre.

American Graffiti (1973) : le monde perdu


Sorti en 1974, ce film de George Lucas montre l’adolescence comme une bulle fascinante et mystérieuse. Un espace-temps en soi, qu’il place pour des raisons autobiographiques en 1962 – ce qui fait d’American Graffiti un film d’époque. La musique rock’n’roll de The Platters, Bill Haley et Buddy Holly accompagne chaleureusement la virée nocturne d’une bande de Californiens rêveurs et attachants. Eclairés par des néons oniriques, ces ados errent avec fluidité sur le macadam, savourant leurs dernières heures avant le départ vers la fac au volant de superbes bolides - Pontiac, « Chevy » et Thunderbird en tête. Baignant dans une atmosphère douceâtre qui hésite entre rétro et science-fiction, American Graffiti propage d’émouvantes bouffées de nostalgie d’un Lucas en quête d’un paradis perdu.

A nos amours (1983) : et soudain le vide…


Comme dans Passe ton bac d’abord, réalisé cinq ans avant, Maurice Pialat décrit dans A nos amours une adolescence perdue. Mais pas au sens de paradis perdu, plutôt un enfer : désorientés, ils cherchent une raison de vivre. Dans Passe ton bac d’abord, les jeunes lycéens nordistes filmés par Pialat tentent vainement de s’échapper de leur misère sociale par le sexe ou en buvant des coups, en se serrant les coudes, sans trop penser au lendemain. Dans A nos amours, le personnage joué par Sandrine Bonnaire est seul contre tous. Parce qu’elle ne se sent bien « que dans les bras d’un mec », elle couche avec le premier venu, dans une quête effrénée et insatiable du plaisir. Suzanne a 15 ans. C’est son vide existentiel, que décrit ici Pialat, ce spleen vertigineux propre à l’adolescence. Une perte de l’innocence, aussi, incarnée par la fossette « manquante » de Sandrine Bonnaire. Avec son montage en plans-séquences, Pialat atteint une intensité émotionnelle inégalée. Rarement l’adolescence aura paru si violente et désenchantée à l’écran.


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