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Teeth : Les Ados Us Sont Des Freaks [page 3]

Par - publié le 02 mai 2008 à 05h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h39 - 0 commentaire(s)
Inspiré d’un fait divers (la fusillade au lycée Colombine), Gus Van Sant est venu ternir l’image cool adolescente avec Elephant dans lequel les ados font vraiment leur âge (on a déjà impression de les avoir croisé quelque part). Ils errent dans des couloirs sans fin à la recherche d’une âme sœur. La solitude s’exprime en longs plans-séquences. Que ce soit dans Elephant ou le récent Paranoid Park, GVS fluctue entre lignes de fuite et brusques décalages et entraîne dans un univers du court-circuitage et du tremblement intérieur où tout est possible. Ceux qui lui ont reproché de répéter les formules de Elephant dans Paranoid Park ont tort. Dans son dernier long métrage, l’ado ne se déteste pas à se faire gerber dans les toilettes (Elephant) mais repose sur ses pensées de rêveur, en quête d’ailleurs. Une quintessence mélancolique dont l’étrange poésie s’insinue en nous pour longtemps. Chez Larry Clark, les images provoquent. De Kids (les ados décimés par le SIDA) à Bully (l’assassinat d’un ado par d’autres) en passant par Ken Park, le cinéaste radiographie l’enfer ado en favorisant l’expression de la haine de soi, du corps, des autres et des parents. L’abandon dans le sexe compense le manque d’amour. Dans Ken Park, la scène d’onanisme sur les halètements des joueuses de tennis confronte l’univers clos de la chambre – duquel nous sommes voyeurs – et le monde extérieur où tout est anonyme. En sondant les rages et les secrets de l’adolescence, Larry Clark et Harmony Korine, son scénariste sur Kids et Ken Park ont fait très fort.


Dans un autre genre, Todd Solondz a montré dans Bienvenue dans l’âge ingrât l’adolescence en prenant une fille moche et détestable, ou encore dans Storytelling où une jeune femme (Selma Blair), entre dénuement et fantasme, se fait manipuler par sa professeur sexy (Robert Wisdom). Michael Cuesta dérange avec L. I. E. où un adolescent délaissé par ses parents se lie d’affection pour un pédophile et le transforme en papa de substitution. Plus pervers encore: Roger Avary adapte Les lois de l’attraction, de Bret Easton Ellis. Projet casse-gueule. Coscénariste du Pulp Fiction de Tarantino et réalisateur de Killing Zoe, Avary dynamite les lieux communs avec des ados prisonniers des apparences (d’où le choix d’un visuel clinquant avec split-screen et bande-son fun). Les ados, ici, font style de ne s’intéresser qu’aux histoires de cul et aux soirées fin du monde alors qu’en fait ils crèvent d’envie d’exprimer leurs sentiments et attendent tous secrètement le prince charmant qui saura les comprendre. Points culminants: un suicide déchirant sur un morceau oldschool totalement pas fun et un voyage autour du monde où le personnage ne retient rien si ce n’est l’illusion d’avoir vécu quelque chose d’intense et de cool. Sous son apparence frivole, un grand film sur les faux espoirs et les histoires d’amour manquées qui se termine droit dans le mur. Une impasse.


Alors Teeth, teenage movie subversif ? Oui en cela qu’il s’inscrit dans le sillage des films susmentionnés et tord le cou aux passages obligés du genre. S’il respecte la découverte des sentiments et du sexe, il propose déjà un point de vue féminin (donc pas franchement égrillard). La petite copine habituelle, qui incarne la vision de l’amour, devient un petit copain qui hélas pour lui est titillé par ses hormones mais finit par en faire les frais (pénis sectionné). Pas de place pour l’amour ici donc. Les parents ne sont pas de vieux-cons qui cherchent à faire la morale mais un couple tellement permissif qu’il se fait marcher dessus par ses ouailles (le demi-frère impulsif dans Teeth). L’héroïne n’a pas d’ennemi(e) débile en vue, ne se retrouve pas dans un bar avec ses copains et copines après l’école pour fuir le regard adulte, utilise le vélo parce qu’elle n’est pas assez cool pour conduire une bagnole. Et ce n’est pas par faute de moyens conséquents que Lichtenstein ne peut pas concocter une bande-son énergique et tendance avec Madonna et Justin Timberlake, c’est juste qu’il n’en a rien à foutre de la zique pour décérébrés.
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