A l’occasion de la sortie de
Témoin indésirable, véritable plaidoyer pour la liberté d’expression et d’information, Hollman Morris et Juan Jose Lozano ont accepté de revenir sur le cheminement du film et de parler de la situation de la Colombie aujourd’hui. Un moment fort et l’occasion d’une véritable prise de conscience.
Quels soucis avez-vous rencontrés sur le tournage de Témoin Indésirable ? Etait-ce le film que vous escomptiez au départ ?Juan Jose Lozano) C’est le film que j’avais pensé et écrit au départ. Nous n’avons pas connu de difficultés particulières ni de soucis particuliers en termes de sécurité. A l’exception des menaces reçues par Hollman Morris lors du tournage et qui apparaissent dans le film. Le seul souci, ce fut de trouver un équilibre entre raconter Hollman et raconter la Colombie d’aujourd’hui. Ce fut le véritable piège et la principale difficulté sur quatre vingt deux minutes. La Colombie est en effet un pays extrêmement riche de ses histoires et par ses tourments. Et ce fut d’autant plus compliqué que j’ai passé quatre mois avec Hollmann pour le tournage et que ce ne fut pas simple de savoir si on enregistrait tout on non.
Il y eut des moments difficiles dans ce sens et il y en eut d’autres dans l’approche des personnages même du film. Eux que je connaissais si bien. En effet, j’ai travaillé avec Hollman dix ans auparavant avant de le perdre de vue.
C’est la première fois que je fais un portrait et c’est vraiment un travail très compliqué car la matière avec laquelle on travaille chaque jour n’est pas sans aspérités. J’admire le travail d’Hollman et ce qu’il fait mais il a fallu faire la part des choses, revenir à l’essentiel et s’y tenir. Sans tenir compte des à-côtés. De fait, cela complique les relations humaines.
Vous avez œuvré à deux sur ce film. Hollman Morris a-t-il pu voir les rushs et suivre le montage ?JJL) Non, Hollmann n’a pas eu droit de regard sur le montage ni pu voir les rushs tout au long du tournage. Il y eut une exception toutefois pour une scène délicate. Celle de la dispute conjugale. Nous l’avons tournée et je suis allé en Colombie pour discuter avec Hollman et sa femme. Je pensais tout comme les gens de la production et la monteuse que cette scène pouvait être importante. Je m’en suis rendu compte plus tard car j’avais une forme de retenue, de pudeur face au fait de montrer cela. Et puis en discutant avec eux à Bogota, la femme d’Hollman et lui-même n’y virent aucun problème. Au contraire, pour eux, elle symbolisait bien ce que pouvait être la pression concrète au quotidien.
Hollman Morris, comment avez-vous vécu le film ? Et le fait d’être filmé au quotidien ? Comment avez-vous reçu le film une fois terminé ?Hollman Morris) Je l’ai vécu avec joie et allégresse. Je me suis un peu amusé aussi en voyant les réactions de Juan et de son équipe lors du tournage dans des zones qu’ils ne connaissaient pas, sur un terrain hostile et méconnu. Ce fut pour eux une manière de découvrir comment on travaillait au quotidien.
Je suis plutôt content du film. Il livre un portrait dans lequel je me retrouve. Je suis nu dans ce film. C’est un portrait sans concessions. Il me montre avec mes qualités, mes vertus et mes défauts. La notion d’engagement est mise en avant et prend un sens véritable avec le film et l’histoire qu’il raconte, loin des galvaudages actuels.