La situation a-t-elle évolué depuis la fin du tournage ?JJL) Elle s’est hélas encore détériorée, j’ai pu moi-même le constater au quotidien. Il y a une radicalisation de plus en plus aiguë dans le pays, d’un côté comme de l’autre autour de cette situation. Que ce soit au sein des sphères familiales ou au dehors, dans les taxis par exemple. Il n’y a plus d’arguments, plus de discussions possibles. On est tout de suite dans l’émotion Pour Hollman Morris, c’est encore plus dur, il n’a pas pu y retourner depuis. Contravia, son émission, s’est arrêtée et le dernier numéro a été tourné à la fin novembre de l’année passée.
Qu’en est-il de l’exil que vous évoquiez dans le film pour vous et votre famille ?HM) La volonté de rester existe et j’aimerai continuer à vivre en Colombie. Maintenant, chaque jour arrive avec son problème et donc on vit au jour le jour. Pour l’heure, moi et ma famille nous restons vivre en Colombie et si un jour nous devons partir, nous le ferons. Mais à ce moment-là, j’espère que l’on pourra sortir par le haut et ne pas fuir comme des exilés. J’espère si cela que l’on partira si l’on doit partir pour vivre quelque chose de mieux.
Quel peut-être le futur de la Colombie pour vous ? HM) Des millions de colombiens rêvent comme moi à la paix. C’est pour cela que j’appartiens au mouvement « Colombiens pour la paix ». C’est un groupe qui fait pression pour qu’une solution politique soit négociée. Et nous croyons pour l’heure que c’est la seule voie possible et que le moment est venu d’y parvenir.
JJL) Je suis plutôt sceptique. Je pense que le principal problème du pays, c’est l’impunité qui y règne. De nombreux crimes restent impunis et l’on s’est habitué à faire soi-même justice. Or, depuis plusieurs décennies, on augmente d’un cran le niveau de violence par des vengeances successives. Actuellement, on est dans un moment charnière et on a une véritable opportunité. Ainsi, je pense que si l’on ne trouve pas une issue favorable à la solution à laquelle nous travaillons, je pense que dans dix ans, ce sera pire. On montera alors encore d’un cran.
Propos recueillis par Jean-Baptiste Guégan