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Thank you for not smoking - Touche pas à Mon Clope ! La censure appliquée

Par Lucie PEDROLA - publié le 16 décembre 2009 à 14h32
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De la prévention à l'excès de zèle


Avec la révélation de telles manipulations frauduleuses et la conscience d'une forme d'idéal incarné par la star, les associations de lutte contre le tabagisme sont sacrément remontées. Et avec les années, elles sont parvenues à imposer un peu de leur volonté aux grands industriels du tabac. Par des lois comme la loi Evin bien sûr, par les restrictions de l'Organisation Mondiale de la Santé, bref, par une pression qui conduit peu à peu à l'autocensure.

 

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Pour revenir au Gainsbourg de Sfar, son équipe avait déjà appliqué une forme de censure en choisissant de ne pas apposer de cigarette sur l'affiche officielle. « Nous avons créé cette affiche avec une équipe d'artistes et nous avons mis un point d'honneur à respecter les consignes sur le tabac. Dans l'affiche, ni cigarette, ni mégot ne sont visibles. Il y a juste de la fumée qui ne prend même pas toute l'image » déclarait le réalisateur au site internet de l'Express peu après avoir appris l'interdiction. « Je trouve qu'interdire la fumée de la clope c'est une façon d'infantiliser le public. » C'est la régie de Métrobus qui a pris cette décision, arguant qu'elle se doit « d'appliquer la loi Evin sous peine d'être attaqué par les associations de non-fumeurs et d'encourir des amendes allant jusqu'à 100.000 euros ». Quelques autres fumeurs ont été privés de clope ces derniers mois : Alain Delon, dont une photographie de 1966 est l'image du parfum Eau Sauvage de Christian Dior, Audrey Tautou en Coco Chanel, fumant presque insolemment dans son lit, s'est vue privée de métro tandis que Jacques Tati a mis en émoi la communauté cinéphile, affublé d'un joli moulin à vent en guise de pipe. L'ancien ministre Claude Evin avait lui-même reconnu le ridicule de cette décision : « La loi que j'ai fait adopter a pour objet d'interdire la propagande, et la publicité directe ou indirecte. [...] On n'est pas dans cette situation. Il s'agit d'un patrimoine culturel qui s'inscrit dans notre culture cinématographique. » Après quelques semaines cependant, Tati a retrouvé sa pipe. Entre-temps, la société des Réalisateurs de cinéma et le syndicat de la critique de cinéma avaient demandé à la RATP et à la SNCF de refaire l'affiche de l'exposition "en respectant l'image originelle, telle que l'a voulue l'auteur Jacques Tati » considérant qu'il s'agissait non seulement d'un « révisionnisme insupportable » mais aussi d'une « infraction prévue dans le code de la propriété intellectuelle », propos rapportés par le journal Le Monde.
 
Censure insensée


Une scène du Mépris de Jean-Luc Godart montre Michel Piccoli dans son bain, un chapeau sur la tête, un cigare aux lèvres. Sa femme, jouée par Brigitte Bardot, entre dans la pièce « Je te préfère sans chapeau et sans cigare » ; « C'est pour faire comme Dean Martin dans Some Came Running » lui répond Piccoli. Amusante illustration de l'identification parfois consciente à un personnage de cinéma. Aujourd'hui a lieu une étrange inversion : les personnages ou personnalités historiques sont considérés comme des modèles potentiels et représentés par rapport à cette éventuelle influence. Emmanuelle Pierrat, avocat et auteur du Livre Noir de la Censure (éditions du Seuil) explique dans un entretien visible sur L'Obs vidéo que « Les personnages doivent désormais se comporter en bons citoyens ». Lui-même passe son temps, dans le cadre de son métier, à vérifier que les policiers des téléfilms mettent bien leur ceinture de sécurité ou que le braqueur de banques enfile son casque au moment d'enfourcher sa moto. C'est sous le prétexte de l'exemplarité qu'on gomme la cigarette d'André Malraux sur un timbre poste en 1996, que Jean-Paul Sartre perd également son mégot pour l'affiche d'une exposition à la Bibliothèque Nationale de France en 2005.

 

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Dans un article publié sur le Nouvel Obs.com, le journaliste et écrivain Jacques Drillon a une remarque très juste sur cette question de retouche. « Jacques Tati doit conserver sa pipe non parce qu'il appartient à notre patrimoine, mais parce qu'il fumait, comme des millions d'autres (...) Parce que cela était ». Ne pas montrer les dangers du tabac au cinéma n'est pas un crime, c'est une question de sujet. Ne pas montrer de cigarettes au cinéma, par principe, c'est se détacher du réel. Effacer une cigarette d'une photographie, c'est nier la réalité, c'est réviser les faits. Prétexter qu'Eric Elmosnino n'est pas Gainsbourg pour lui ôter la fumée des poumons, c'est confondre un acteur avec un imitateur. La somme de toute une peur a pour résultat beaucoup de bêtise.
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