Le troisième épisode est un tel succès que Schumacher a carte blanche pour faire ce qu’il veut dans le quatrième en n’hésitant pas à personnifier l’univers. En accentuant par exemple les connotations crypto-gays, l’aspect clinquant creux, la pauvreté des personnages et le second degré. Sans doute pour revenir à l’esprit du
Batman de 1966. Mais cette personnification provoque une sacrée déconvenue auprès des fans et des autres. La déroute d’une saga qui devra attendre près de dix ans pour reprendre du poil de la bête grâce à Nolan épaulé au scénario par David S. Goyer, alors auteur des deux premiers scripts de
Blade et spécialiste du monde des comics, qui sauve la Warner après de longues interrogations douloureuses et de pistes avortées : le Batman futuriste tiré du dessin animé télévisé
Batman Beyond où Batman forme son successeur; le Batman du
Dark Knight de Miller (donc vieillissant et désabusé) qui devait être réalisé et interprété par Clint Eastwood ; le
Batman contre Superman co-écrit par Andrew Kevin Walker (
Se7en) et Akiva Goldsman (
Batman et Robin). Dans les idées concrétisées, ils n’ont retenu que
Catwoman, spin-off abominable avec Pitof et une Halle Berry lacérée cuir. Avec
Batman Begins, Nolan a donc rempli de multiples exploits: redonner confiance, faire vibrer, divertir intelligemment. Dans
The Dark Knight, la «suite» toujours signée Nolan qui entre les deux volets a eu le temps de signer une merveille d’inventivité (
Le Prestige, exercice de style manipulatoire et jouissif avec encore Christian Bale et Michael Caine), les objectifs seront différents:
"Je sentais que nous avions vraiment mis tout notre cœur pour ce film soit bon et que nous avions atteint notre objectif de départ, mais je ne m’attendais pas à un tel enthousiasme. Je pense que l'excellent accueil vient du fait que Batman Begins était différent des attentes des fans et des autres épisodes de la saga. En cela, je veux impérativement que The Dark Knight soit différent de Batman Begins". Changement de cap, de registre et de ton donc: l’action se déroule peu de temps après
Batman Begins; ce qui permet de rebondir sur les enjeux dramatiques du précédent telle la montée exponentielle de la violence.
Batman, alors épaulé par le procureur Harvey Dent et le lieutenant Gordon, a pour mission de traquer tous les détenus qui se sont évadés de l'asile d'Arkham et par extension le Joker, ennemi détraqué, dans un Gotham City en effervescence – Nolan s’est manifestement inspiré du Joker, sublimement dessiné par Lee Bermejo pour le look. On peut se demander s’il reprendra le nom du Joker (Jack Napier), initié par Burton et s’il dansera lui aussi sur Prince. A la bonne heure, le cinéaste conserve l’accoutrement de Batman dans
Batman Begins qui l’apparentait à un diable. A travers ce costume, il reflétait précisément toutes les amphibologies psy du personnage. En parallèle à la sortie du film, paraîtra la série
Batman Gotham Knight, nouvelle série comportant six épisodes de 20 minutes dont chacun sera réalisé par un maître de l'animation différent (Shojiro Nishimi, Futoshi Higashide, Hiroshi Morioka, Yasuhiro Aoki, Toshiyuki Kubooka et Jong-Sik Nam). Le style change à chaque épisode et propose une nouvelle vision du Batman. Comme une manière supplémentaire de fragmenter l’identité morcelée du chevalier noir. Une chose est sûre: on n’a pas fini d’en entendre parler. Pourquoi? Parce que c’est l’événement cinéma de cet été et, surtout, de cette année.