Oui, The Dark Knight s'impose comme LE film de l'année, celui que tout le monde espérait, celui que les amoureux du Cape crusader n'osaient même plus imaginer, bref, le film qui réussit le petit exploit de mettre tous nos rédacteurs d'accord, pour une fois. Car si la majorité d'entre nous avait encensé
Batman begins, certains (Laurent Tity pour ne pas le citer) demeuraient encore perplexes sur la réelle capacité de Christopher Nolan à rétablir le chevalier noir au sommet. Avec The Dark Knight, c'est désormais chose faite, et la rédac explique en quelques points pourquoi elle est tombée sous le charme du Batman de Nolan...
ROMAIN LE VERN : LE JOKER
C’était l’avertissement de la conclusion pessimiste de
Batman Begins: une nouvelle génération de monstres débarque à Gotham City et elle est plus hargneuse que la précédente. Depuis toujours, Christopher Nolan est fasciné par le mal et cherche à en retranscrire les escarres. Grâce à Heath Ledger, le Joker est le « plus beau méchant » de sa filmographie. S’il n’est pas toujours à l’écran, c’est pour donner plus d’importance à chacune de ses apparitions – toutes mémorables. Au fil du récit, il devient un démiurge insaisissable qui déclenche les catastrophes, ravive les sentiments ambivalents de Batman (la question de la justice expéditive étant mise en exergue) et se révèle responsable des misères humaines (c’est lui qui a provoqué la perte de Harvey Dent). Le réalisateur d’
Insomnia en fait le vrai moteur dramatique de l’intrigue et utilise l’obsession mentale qu’il provoque chez les autres. C’est le plus menaçant de tous et le seul qui ne soit pas schizophrène (donc le seul honnête avec lui-même). Les figures du bien et du mal dansent une nouvelle valse (Bale/Pacino versus Ledger/Williams). Ensuite vient l’acteur qui ne fait même pas dans la performance, IL EST LE JOKER. Qu’il marche seul face à la caméra comme un Dandy craspec, les épaules voûtées et le pas désinvolte, après une explosion dans un hôpital ; qu’il agresse les convives de Bruce Wayne lors d’une soirée mondaine ou qu’il fasse juste des tours de magie (ah, le coup du crayon !), Ledger devient ce clown psycho, impoli et déchu, qui insuffle le mouvement, apporte le degré de folie nécessaire d’Alan Moore (
The Killing Joke, référence revendiquée). Il contamine Gotham City comme il contamine le film nimbé dans un étrange état de stagnation, englué dans une torpeur poisseuse. Pour Nolan, c’est l’incarnation parfaite de l’anti-héros. Celui qu’il aime sans pouvoir l’avouer parce qu’on ne peut pas aimer un badguy terroriste et terrorisant dans une grosse production Hollywoodienne.
LAURENT TITY : LA SCENE DU CASSE DE LA BANQUE
Comme souvent lors des films qui comptent dans une vie de cinéphile, ceux dont on sait dès la première seconde qu’ils vont nous marquer à jamais, la scène d’ouverture impose d’emblée le niveau de la pellicule. En l’occurrence il s’agit ici du casse d’une banque de la bonne vieille Gotham City. Un casse organisé par le Joker et ses hommes, ou plutôt ses pantins. Car le clown fait ici étalage de toute sa cruauté, sa folie, son intelligence et sa perversité. Sans dévoiler le stratagème sorti de l’esprit malade du pire ennemi de Batman, la technique utilisée n’a rien à envier aux meilleurs films de braquages. Tout y est millimétré, chronométré à la seconde près, les pièces du puzzle s’imbriquant les unes après les autres dans une fluidité et une logique implacables bien que incroyablement odieuses. Et cerise sur le gâteau, outre la démonstration machiavélique livrée par un Heath Ledger qui impose déjà toute sa classe et sa démence à son personnage, l’apparition pour le moins musclée de William Fichtner (bien connu des amateurs de la série
Prison Break) apporte une touche encore plus jouissive à l’ensemble.